Interview par Agnès Farkas mardi 1er février 2022

Pr Jean Costentin

Les Français sont, parmi les 27 Etats européens, les premiers consommateurs de cannabis avec 1.500.000 usagers réguliers dont 1.000.000 d’usagers quotidiens et souvent multi quotidiens.

Certains candidats à l’élection présidentielle, ainsi que certains Etats voisins, évoquent désormais la perspective d’une légalisation du cannabis.

Entretien avec le Pr Jean Costentin, auteur de nombreux livres sur le sujet.

Propos recueillis par Agnès Farkas.

Agnès Farkas : La France se dirige vers la légalisation du cannabis tout comme ses voisins européens, remettant ainsi en cause la loi de 1970 qui le prohibe. Quelles seraient, selon vous, les conséquences d’une légalisation sur la population ?

Jean Costentin : Le pire n’étant jamais sûr, je me prends à espérer que notre nation ne copie pas ce que certains de nos voisins feraient de plus mal. Le temps qui passe peut nous laisser celui qui permettra à la raison de s’imposer. Une course de vitesse est engagée entre l’impatience des uns à commettre l’irrémédiable et l’accumulation de données qui vont toutes à l’encontre d’une légalisation du cannabis.

Pour synthétiser les plus graves conséquences à redouter d’une légalisation, je me contenterais d’être énumératif :

  • Son pouvoir addictif puissant est tel que 20% au moins de ceux qui l’ont expérimenté en deviennent dépendants ; à sa légalisation serait associée une augmentation inévitable de ses consommateurs (rappelons pour mémoire que 13 millions de Français sont dépendants du tabac (75.000 décès annuels) et que 4,5 millions sont dépendants de l’alcool (41.000 décès annuels). Ne comptons pas sur les buralistes pour en refuser la vente aux mineurs, puisque 70% d‘entre eux ne respectent pas l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs.
  • Le cannabis est un puissant facteur d’escalade vers d’autres drogues, comme cela est montré avec l’alcool, la cocaïne et les morphiniques (les mécanismes neurobiologiques étant élucidés) il conduit à ces poly-toxicomanies que l’on voit déjà se multiplier.
  • Cette drogue de « la crétinisation » commence à affecter nos enfants au collège, dès la cinquième et, bien sûr, au delà. C’est un grand perturbateur de la cognition. Son intrusion, que dis-je son invasion dans la sphère éducative (il touche aussi des enseignants), explique pour une bonne part le rang très pitoyable (27ième) que nous occupons dans le classement international PISA de performances éducatives, alors que la France est parmi les nations qui consacrent le plus de moyens pour l’éducation de ses enfants.
  • Une légalisation multiplierait les accidents routiers (comme cela a été constaté au Canada) et professionnels ; alors qu’on a tant de mal à juguler à ces égards les méfaits de l’alcool. La rencontre du tabac et de l’alcool multiplie par 27 (statistiques récentes) le risque d’accidents mortels de la route. Notre société qui macère dans l’alcool ne peut accueillir en sus le cannabis.

C’est sans compter les conséquences psychiatriques sur les consommateurs.

Jean Costentin : En effet, à une légalisation du cannabis s’associerait une explosion des affections psychiatriques, alors que nos hôpitaux psychiatriques sont déjà débordés.

  • Le THC est à l’origine d’anxiété, de dépression, de décompensations psychotiques ;
  • il induit de novo des schizophrénies ;
  • il aggrave cette affection quand elle est déclarée et crée une résistance aux traitements destinés à apaiser ses expressions. Cette affection qu’on ne sait guérir, touche 1% de la population. Sans le cannabis notre nation compterait près de 15.000 schizophrènes en moins.
  • Le cannabis est la drogue de l’aboulie, de la démotivation, de la désinhibition, qui rend agressif ou dangereux ; il est, chez ses consommateurs, responsable de fréquentes et longues périodes de chômage.

C’est un véritable désastre humain.

Jean Costentin. Il y a plus grave encore : ceux qui s’exposent au THC, par un « tagage » de la chromatine de certains de leurs gènes, modifient au très long cours l’expression de ces gènes ; et exposant leurs gamètes (spermatozoïdes pour eux, ovules pour elles) , ils transféreront aux enfants qu’ils pourraient concevoir des modifications de l’expression de certains de leurs gènes.

Il a été montré que ce mécanisme sous tend la vulnérabilité de leur progéniture aux toxicomanies à l’adolescence, à certaines maladies psychiatriques (autisme, schizophrénie, dépression), à leurs réactions au stress, à leurs capacités cognitives, à leurs défenses immunitaires. « Les parents ont fumé le cannabis vert et leurs enfants en ont eu les neurones agacés » (en adaptant une formule du livre d’Ezéchiel).

  • Le cannabis abrège la grossesse, les nourrissons sont de plus petits poids et de plus petites tailles que normales, ils ont un développement psychomoteur ralenti, ils sont plus à risque de mort subite ou d’hyperactivité avec déficit de l’attention.
  • Le cannabis est plus toxique que le tabac, sa combustion produisant 6-8 fois plus d’oxyde de carbone et de goudrons cancérigènes. Il est dépresseur de l’immunité. Sa toxicité cardio-vasculaire en fait la troisième cause de déclenchement d’infarctus du myocarde. Il est à l’origine d’accidents vasculaires cérébraux ou d’artérite chez des individus jeunes. Il est dépresseur de l’immunité…
  • Quand tous ces méfaits seront portés à la connaissance de nos concitoyens, ils seront armés pour s’opposer à sa légalisation, mais tout est fait pour empêcher leur information et, quand il y a des fuites, elles sont immédiatement contredites.

Quels sont les intérêts des décideurs politiques, qui me semblent pernicieux, à la légalisation des drogues ? Cette dépénalisation n’est pas seulement française. Une action internationale contre la production de drogue est-elle envisageable, et dans ce cas, existe-t-il des organismes internationaux qui puissent intervenir directement à la source de production ?

Jean Costentin : Cette question est en dehors de ma sphère d’expertise, aussi suis-je réduit à n’exprimer que des hypothèses.

La demande de légalisation émane d’écologistes appelant de leurs vœux une régression économique ; le THC induisant une aboulie, le renoncement, la paresse, l’absence d’ambition, le contentement de peu, s’inscrit bien dans leur projet.

  • La demande implique des politiciens qui rêvent, par la diffusion de cette drogue, de transformer des citoyens révoltés en des citoyens résignés.
  • Le fer de lance à l’Assemblée Nationale de la légalisation du cannabis, est le député et porte-parole de LREM (J.-B. Moreau), agriculteur dans la Creuse. Il voudrait transformer son département en un Eldorado vert de cannabis.

Peut-on parler d’un enjeu politique par la libéralisation de la consommation de cannabis ?

Jean Costentin : Dans la compétition internationale rendue plus aiguë par la mondialisation, les nations concurrentes auraient à gagner que la nôtre comporte une forte proportion de sujets abêtis, passifs, démotivés, répugnant à se former, asthéniques, rendant le match plus facile à gagner.

Le Pr. Constentin a aussi déclaré : Dans le conflit civilisationnel qui se dessine, le gagnant sera celui qui saura éviter aux siens de s’anéantir avec les drogues dans les toxicomanies.

  • La démagogie de certains politiques, consiste à acheter les suffrages de leurs électeurs en flattant leurs bas instincts, dont la toxicomanie est un élément fort.
  • Un capitalisme sans foi ni loi, faisant feu de tout chanvre, a énormément investi dans la filière du chanvre ; il subvertit des médias, des politiques, il abuse le public, aux fins d’obtenir d’importants retours sur ses investissements.
  • Le phénomène est international. De très puissants groupes financiers sont à la manœuvre. (Le milliardaire américain) George Soros et (le Canadien) Edgar Bronfman ont dépensé des sommes considérables (un million de dollars) pour qu’en 2010 la Californie, après deux votes négatifs, se prononce en faveur de la légalisation du cannabis.

Peut-on envisager une éducation de la population sur les conséquences de la consommation du cannabis et des cannabinoïdes sous leurs diverses formes ?

Jean Costentin : La solution de ce très grave problème, à la fois sanitaire, social et sociétal passe d’abord par l’éducation. Si la France est le plus gros consommateur en Europe de cannabis, elle est aussi la nation dans laquelle rien n’est fait pour l’information de ses enfants à cet égard. Ç’en est au point où l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT) a décerné un carton rouge à la France pour sa défaillance notoire en matière d’information et de pédagogie sur ce sujet.

La justice est, elle aussi, totalement défaillante quant à la condamnation des consommateurs et des dealers. Le dernier florilège, pour l’en dessaisir, réside dans l’infliction d’une amende de 200 €, en solde de tout compte, pour le contrevenant. En l’absence de toute mémoire, l’infraction peut se répéter une multitude de fois au même prix ; l’amende n’étant d’ailleurs pas inéluctablement payée…

Il n’y a pas de trafic, ni de deal, s’il n’y a pas des consommateurs, si l’argent de poche ne coule pas à flot, si les parents ne sont pas déresponsabilisés. Ils doivent pouvoir être taxés, eux aussi, pour les errements de leurs enfants mineurs, sur les allocations qui leur sont versées pour les aider à assurer l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Ces derniers doivent payer en travaux d’intérêt général, qui doivent être encadrés d’une façon rigoureuse.

Je vous laisse le mot de la fin.

Jean Costentin : « Où il y a une volonté, il y a un chemin », mais où prévalent l’indifférence, la négligence, la méconnaissance délibérée, la dissimulation, la démagogie, l’idéologie, de sordides intérêts aux antipodes de l’humanisme, insoucieux du sort de notre société, des familles, de la communauté nationale, de notre civilisation, la drogue est une arme fatale pour des desperados de tous types.

Il appartient à ceux encore préservés par ses effets destructeurs une véritable union pour préserver nos concitoyens en luttant de toutes nos forces contre sa légalisation. 

C’est, pour notre société, « la mère des batailles ».

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