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Des médecins, des addictologues et plusieurs dizaines d’abstinents sont réunis au Croisic jusqu’au 10 mai pour cette convention des A.A © Radio France – Théo Metton-Régimbeau

Hélène Roussel

Publié le vendredi 8 mai 2026

Ils sont réunis pour trois jours de convention au domaine de Port aux Rocs au Croisic jusqu’à dimanche. Un moment fort pour les Alcooliques anonymes des Pays de la Loire qui rassemblent ainsi les abstinents mais aussi les médecins et les addictologues de la région afin d’échanger et de partager.

C’est dans un écrin de verdure et dans un décor de carte postale, face à la mer, que s’est ouverte la 26e convention des « AA » (Alcooliques anonymes) des Pays de la Loire ce vendredi 8 mai au domaine de Port aux Rocs sur la côte sauvage du Croisic. Jusqu’à dimanche 10 mai, sont donc réunis de nombreux membres abstinents et leurs familles ainsi que des médecins et des addictologues autour de tables rondes. Il y a des temps d’échanges, des réunions thématiques, des témoignages aussi avec un message simple mais essentiel : « Il est possible de sortir de l’alcoolisme et personne ne doit rester seul face à la maladie », comme le stipulent les « AA » dans leur présentation.

Une démarche d’entraide et de solidarité qui a sauvé Christophe (nom d’emprunt), 47 ans. Cet habitant de Guérande est abstinent depuis bientôt 5 ans. « Je suis très ému car j’ai une amie qui vient de m’offrir le jeton de mes cinq ans de sobriété », nous confie le quadragénaire qui raconte aujourd’hui son histoire pour à son tour espérer aider les autres. Un témoignage aussi poignant que précieux.

« Un verre et puis un autre, sous couvert de faire la fête »

Christophe évoque d’abord ce père alcoolique mort avant 50 ans. « L’alcool a bercé mon enfance, je m’étais toujours dit que jamais je ne sombrerais. Mais c’était toujours un verre et puis encore un autre. Sous couvert de faire la fête, je me rendais bien compte que je ne buvais pas comme tout le monde. » Un glissement insidieux. L’alcool pendant un temps le fait tenir à son travail, « jusqu’à ce que ça finisse par le menacer ». Son fils, jeune à l’époque, le retient. Un peu. « Mais c’est une drogue dure, et j’ai fini par boire tous les jours, par vivre pour boire. Avec le confinement, c’était sans limite. » Les « AA » ont été sa chance. « Toujours quelqu’un pour me soutenir, me tirer vers le haut, jamais pour s’apitoyer. » Le quadragénaire a fait un long travail sur lui-même. « J’ai compris que l’alcool remplissait des vides émotifs, affectifs. Aujourd’hui, j’arrive à les combler tout seul. Je n’ai jamais été aussi heureux. Parce que je suis avec moi-même. » Alors, aujourd’hui, Christophe veut rendre ce qu’il a reçu. « Même si chaque alcoolique a un parcours différent, je veux leur dire qu’il y a une vie après l’alcool et qu’elle est magnifique ! »

Les mentalités changent mais l’alcool demeure

Certes, la consommation d’alcool en France est depuis les années 1960 divisée par deux et les mentalités changent progressivement. « On trouve facilement des boissons sans alcool, les non-buveurs ne sont plus pointés du doigt comme avant et l’alcoolisme est bien considéré comme une maladie. » François Pépin, médecin et addictologue à l’hôpital de Luçon en Vendée, présent autour d’une table ronde au Croisic, reconnaît que les pratiques aussi ont changé. « Quand j’ai commencé le métier, certains de mes confrères plus âgés étaient dans la contrainte et la culpabilité. On donnait des médicaments qui rendaient les patients encore plus malades. » Ce n’est plus à l’ordre du jour. À présent, c’est l’écoute et l’accompagnement qui dominent. « Il faut que le patient comprenne tout seul dans son cheminement ce qu’il doit changer pour être plus heureux. » Les organisations comme les « AA » sont indispensables. D’autant que les proches sont aussi les bienvenus. « Un jour, j’ai une patiente qui me dit avoir appris à guérir de la maladie de son mari. Cette femme avait tout compris », sourit le médecin.

Une convention ouverte à tous

Cette convention des Alcooliques anonymes au Croisic est aussi l’occasion de rappeler une réalité : « L’alcoolisme ne se voit pas toujours et peut toucher tous les milieux sociaux, toutes les générations ». Elle est ouverte à tous. Aux membres des Alcooliques anonymes, aux proches, à toute personne concernée par la question de l’alcool.