Le Point.fr – Publié le 30/08/2012 à 13:00

Ces structures doivent permettre de limiter le nombre de consommateurs d’héroïne et les problèmes de santé liés à l’usage de seringues.

En demandant au gouvernement d’autoriser la création de salles d’injection de drogue, le député PS et adjoint au maire de Paris en charge de la santé, Jean-Marie Le Guen, vient de relancer un débat qui n’est pas nouveau en France. Et qui a toujours, pour l’instant, tourné en faveur des opposants à ce type de pratique. Or cette fois, la vague soulevée par le Dr Le Guen semble grossir sous l’effet de vents favorables provenant de divers bords. Et la tempête pourrait finir par balayer les arguments des « anti-salles de shoot ». D’autant que les expériences étrangères semblent plutôt positives. Et que le candidat Hollande avait fait part, pendant la campagne présidentielle, de son intérêt pour ce genre d’expérimentation.

Ce matin Jean-Vincent Placé, le président du groupe EELV au Sénat, a souhaité – sur LCI – une expérimentation rapide de salles de moindre risque à Paris et à Marseille. Cela devrait, selon lui, permettre un usage encadré de la drogue et aboutir à une réduction de sa consommation. Mais dès hier, un communiqué commun – signé à la fois par Act Up-Paris, Aides, la Fédération Addiction, Gaïa, Médecins du monde, le Réseau réduction des risques, le Sidaction et SOS Hépatites – parlait de « dispositif validé par la science et l’expérience de terrain ».

Pas d’augmentation de délits

Leur document explique que si les actions de réduction des risques existants ont fait leurs preuves en diminuant la transmission du sida, de l’hépatite C, les overdoses et les abcès liés à l’injection de drogue, les usagers les plus précaires et les plus exclus ne peuvent en bénéficier pleinement. Expérimentées et validées dans plusieurs pays – la Suisse, l’Allemagne et le Canada -, les « salles de consommation à moindre risque » (terme préféré à celui de « salles de shoot », jugé méprisant) permettent justement de toucher ce public. En plus, elles instaurent un contact avec ces personnes exclues, leur permettant d’intégrer un parcours de soins et des dispositifs sociaux. « L’intérêt de l’action va donc bien au-delà de la mise à disposition, par ailleurs nécessaire, d’un environnement sécurisé », précise le communiqué.

Il faut rappeler qu’une récente expertise collective de l’Inserm – qui s’est appuyée sur la littérature scientifique mondiale et les expériences des salles déjà existantes – a déjà validé scientifiquement l’intérêt des salles d’injection de drogue. Ce travail a également montré que la consommation diminuait dans les lieux publics, et qu’il n’y avait pas d’augmentation de délits associés à l’usage de drogues aux alentours. Dans certaines structures, comme à Vancouver, leur ouverture a même entraîné une augmentation des inscriptions dans des programmes de substitution. Et une étude canadienne publiée dans le Lancet en avril 2011 concluait à une réduction de 35 % du nombre de décès par overdose (qui est l’une des premières causes de mortalité prématurée en Amérique du Nord), après l’ouverture de telles salles.

Banalisation ?

En France, alors que plusieurs municipalités s’étaient précédemment déclarées intéressées par l’expérimentation de salles d’injection, leur démarche avait été repoussée par l’ancien Premier ministre,François Fillon. Toutefois, le clivage droite/gauche et médecins/associations semble aujourd’hui dépassé. Des personnalités de droite comme Roselyne Bachelot-NarquinJean-Claude GaudinNadine Morano ouMichel Heinrich apportent leur soutien à l’idée d’une expérimentation. Quant au ministère de la Santé, il se borne à indiquer qu’une réflexion est en cours.

Reste quand même de vives oppositions, notamment au Front national, qui a qualifié cette proposition d' »aussi délirante qu’irresponsable ». Quant à l’Académie nationale de médecine, elle avait estimé, début 2011, que la mise à disposition de salles d’injection aurait pour effet de « sortir, de facto, les drogues les plus détériorantes du statut illicite où elles sont actuellement, et de remettre ainsi en question l’image répulsive qu’il convient de leur conserver pour éviter toute confusion dans la population dans son ensemble et, en particulier, chez les jeunes »…