Salles d’injection : Çà fait (encore) débat !

Très hostile aux salles d’injection supervisée, le journal « Valeurs actuelles » a demandé à l’IFOP de questionner les Français à ce propos : une majorité s’affirme contre le dispositif. Dispositif dont la nouvelle présidente de la MILDT parle dans une de ses premières interviews, dans le « Quotidien du Médecin ».

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Sans revenir dans le détail du contexte, on peut rappeler que plusieurs élus locaux ou parlementaires dont Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris et adjoint à la Santé de Bertrand Delanoë, demandent la création au titre de l’expérimentation de salles de consommation de drogue sous contrôle médical. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, soutient l’initiative demandée par de très nombreux acteurs de la lutte contre le VIH/sida et les hépatites et de la réduction des risques en matière d’usage de drogues. L’hebdo conservateur « Valeurs actuelles » a voulu savoir ce que les Français pensaient de ce projet.

LES FRANÇAIS OPPOSÉS AUX SALLES
« Les Français sont majoritairement opposés à cette proposition à hauteur de 55%, explique (27 septembre) l’IFOP qui a réalisé l’enquête pour le compte du journal. « Cette enquête enregistre un retournement et un durcissement de l’opinion (perceptible également sur d’autres thématiques concernant la sécurité) puisqu’en 2010, « seuls » 47% des Français étaient défavorables à ce projet, analyse l’institut. Sans surprise, c’est dans les rangs des sympathisants de l’UMP et du FN (respectivement 66 et 69%) que l’opposition est la plus vive, on notera néanmoins que 41% des sympathisants de gauche se disent également défavorables à l’ouverture de tels lieux. Toutes les catégories socioprofessionnelles y sont opposées à l’exception des cadres supérieures et professions libérales (57% de favorables) (…) De la même façon, une courte majorité (54%) des habitants de l’agglomération parisienne s’y montre favorable ».

FÊTE AU VILLAGE POUR « VALEURS ACTUELLES »
« Valeurs actuelles » fait son miel de cette nouvelle et écrit : « Si le gouvernement persistait dans cette voie [la création de telles salles, ndlr], il prendrait clairement l’opinion à rebrousse-poil : non seulement les Français sont contre, mais ils le sont de plus en plus : + 8 points par rapport à 2010 – où une majorité d’entre eux (53%) se disaient alors favorables aux salles de shoot (…) malgré les présentations systématiquement favorables qui en sont faites dans la plupart des médias, la majorité de la population perçoit, instinctivement, le risque de grave dérive sanitaire et morale que constituerait la création de « structures où les usagers de drogues par injection […] peuvent venir s’injecter des drogues – qu’ils apportent – de façon plus sûre et hygiénique, sous la supervision de personnel qualifié », ainsi que l’a défini l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ».

LES OPPOSANTS PRENNENT DU POIL DE LA BÊTE
Pour accompagner ces résultats, « Valeurs actuelles » a choisi de donner la parole à l’association Parents contre la drogue qui, ça tombe bien, vient de lancer une pétition contre l’ouverture des salles de shoot. Son président, Serge Lebigot, explique que les partisans de la création d’un tel dispositif sont le reflet ou la conséquence de ce qu’il appelle « l’idéologie soixante-huitarde pas seulement utopique mais dangereuse ». Bien évidemment, il a sa petite idée sur ce que seraient ces centres. « Sur le plan moral, c’est affirmer à la société tout entière, notamment à la jeunesse : oui on peut, on a le droit de se droguer puisque l’Etat autorise les toxicomanes à entrer dans un lieu financé par les contribuables pour se piquer librement. Sur le plan sanitaire, ensuite, toutes les expériences menées à l’étranger le démontrent : la demande créant l’offre, les abords des centres sont envahis de dealers, et puis, une fois les centres fermés, les toxicomanes restent aux alentours et continuent de se droguer, mais cette fois dans la rue ».

LA POSITION DE LA MILDT
On ne connaissait pas encore la position de la nouvelle présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) sur le sujet. Danièle Jourdain-Menninger l’a exposée dans une interview accordée au « Quotidien du médecin ». « Les salles de consommation ne sont que l’un des éléments de la palette d’actions à destination des populations d’usagers de drogues les plus problématiques. Ceux qui pourraient fréquenter ces salles de consommation sont essentiellement les personnes SDF en très grand état de précarité, indique-t-elle. La ministre Marisol Touraine souhaiterait que l’on développe l’expérimentation de ce type de structures. Ces expérimentations, si le gouvernement en décide ainsi, se mettraient en place avec des maires de grandes villes volontaires, de droite comme de gauche. Il faut que les élus prennent bien la mesure de leur faisabilité. Un important travail de médiation sera nécessaire pour choisir les lieux d’expérimentation en faisant très attention à ne pas stigmatiser des quartiers ». Et Danièle Jourdain-Menninger d’ajouter : « La MILDT apportera toutes ses capacités d’expertise et d’appui, sachant que les élus ont une parfaite connaissance du terrain et des enjeux. L’essentiel, c’est que tout le monde s’engage à être transparent sur l’évaluation de ce type de dispositif ».
Sondage IFOP : Echantillon de 1 006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 11 au 13 septembre 2012.

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