Les jeunes Français et le cannabis : l’ampleur du désastre que la génération bobo ne veut pas voir

20 % des jeunes Français affirment consommer du cannabis, selon une étude réalisée par l’Unicef. Une proportion importante qui interpelle en comparaison des autres pays européens, et qui pousse a se poser la question du danger de plus en plus avéré de cette « drogue douce ». Retour sur un enfumage hérité de la logique soixante-huitarde.

Le cannabis joue un rôle important dans les phénomènes de transgression chez les jeunesLe cannabis joue un rôle important dans les phénomènes de transgression chez les jeunes Crédit Flickr/N.ico

Atlantico : Une étude de l’Unicef révèle que 20% des jeunes Français déclarent consommer du cannabis. Comment expliquer ce chiffre bien plus important que dans les autres pays européens ?

Dan Véléa : Le cannabis joue un rôle important dans les phénomènes de transgression chez les jeunes, avec une connotation de substance « cool », apaisante, qui facilite les rapports sociaux. De ce fait on trouve beaucoup d’usagers de cannabis (tenant compte des expérimentateurs mais aussi de l’usage convivial et occasionnel, les chiffres dépassent les 10 millions). Le problème se pose de manière très prenante dans le cas des usagers dépendants, accros, usagers chroniques, qui représentent dans la tranche des jeunes (ado et jeunes adultes) un pourcentage important.

Plusieurs explications peuvent être ici données :

  •  Cannabis et relations sociales (lutter contre l’inhibition)
  • Cannabis et apaisement (stress scolaire, anxiété de performance); à ce titre, les adultes qui consultent pour des problème de stress au travail, de burn-out et qui utilisent le cannabis dans une visée d’automédication et en constante augmentation. Cette mauvaise adaptation (coping anglo-saxonsà) se traduit par un fort risque d’addiction
  • Cannabis et prise de risque (dans une société très aseptisée, une manière de transgresser et stimuler le vécu émotionnel)
  • Cannabis et effet de mode (bien inscrite dans la durée, avec des exemples dans le show bizz, sports, et dans toute la société)

Concernant la facilité d’accès, les filières de trafic sont très bien organisées, souvent au nez de la police, le travail de ces derniers étant souvent entaché par une hypocrisie législative et un laxisme judiciaire sans précédent (bien évidement vis à vis des dealers, les usagers étant souvent plus sévèrement punis que les trafiquants). Un autre aspect important et l’image (souvent véhiculée) du cannabis et de la drogue en général comme amortisseur social, facteur de régulation de l’agressivité de certains, facteurs d’apaisement sociétal.

Peut-on parler d’une forme de « dédramatisation » de l’usage de cannabis en France héritée de l’époque soixante-huitarde ?

Les soixante-huitards, dans leur démarche marcusienne de négation de l’excès de morale dans la vie quotidienne, ont trouvé dans les conduites choquantes pour la morale de l’époque (contraception, usage des drogues…) un moyen contestataire pour exprimer leur ras le bol des valeurs contraignantes. Ils avaient une idéologie plus ou moins construite et cohérente, des revendications, des idéaux.  Évidement, fumer du cannabis, parmi d’autres transgressions, était une manière d’exprimer sa révolte, en mélange avec une quête hédoniste omniprésente. Beaucoup de participants ont tenu par la suite des discours très laxistes, minimisant les dangers du cannabis, s’appuyant sur l’exemple de l’alcool.

A la lecture des études actuelles, il apparaît comme complètement démagogique de mettre en concurrence les deux produits. Les deux sont des substances psychoactives addictives, les deux ont des effets hédoniques, mais aussi des effets négatifs en terme de santé physique et psychique. C’est aussi cette « mise en concurrence » qui rend le cannabis attractif aux yeux des jeunes.

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