Le plan gouvernemental pour fermer les portes des paradis artificiels

Paris, le vendredi 20 septembre 2013 –Un comité interministériel rassemblant Vincent Peillon (Education), Manuel Valls (Intérieur), Marisol Touraine (Santé) autour du Premier ministre Jean-Marc Ayrault a validé hier soir un « plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives ». Ce plan quinquennal a été préparé par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT).

Il intervient alors qu’une enquête de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanie (OFDT) avait révélé en 2011 que 41,5 % des jeunes de 17 ans avaient déjà expérimenté le cannabis et que 6,5 % d’entre eux en étaient des consommateurs réguliers, faisant de la France le pays où les jeunes consomment le plus de cette substance.

D’autres études avaient elles démontré que la moitié des adolescents français ont déjà connu un épisode «d’alcoolisation ponctuelle importante ».

L’objectif de ce plan est simple : réduire le commerce et la consommation des drogues, dures ou « douces », licites ou illicites en mettant l’accent sur les jeunes.

Revaloriser les « consultations jeunes consommateurs »

La clé de voute de ce plan, est la mise en avant des Consultations Jeunes consommateurs (CJC). Il s’agit de consultations médicales anonymes et gratuites créées en 2005, rattachées aux CSAPA (Centres de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) qui accueillent les jeunes de moins de 25 ans.

400 centres de ce type existent déjà, mais souffrant d’un déficit de notoriété, l’idée est de les faire connaitre et d’en ouvrir l’accès aux petits consommateurs. Les professionnels de santé participant à ces consultations seront aussi chargés d’aller chercher les « usagers » là où ils se trouvent : à l’école, dans les cafés… et de les convaincre de consulter et de mettre fin à leur addiction. !

Ces CJC devraient également élargir leurs compétences aux thérapies familiales.

Quit the shit

« Pour les jeunes en difficulté, ce qu’il manque souvent, c’est l’occasion d’en parler », confie à 20 Minutes Danièle Jourdain-Menninger, la présidente de la MILDT. Sachant que les jeunes passent un temps important sur Internet et les réseaux sociaux, il leur sera proposé de « chater » au sujet des addictions. Initié en Allemagne, un programme intitulé «Quit the Shit » sera donc bientôt développé en France. Via un chat avec des thérapeutes spécialisés, le programme proposera d’arrêter de fumer du cannabis en 50 jours.

Autre angle d’attaque la MILDT propose d’améliorer la«surveillance des canaux d’accès à la cannabiculture et aux nouveaux produits de synthèse en vente sur Internet».

Il sera aussi créé, à destination des professionnels de santé, des formations en ligne afin de se tenir au courant des dernières évolutions sur les addictions.

Détecter l’alcoolisme au plus tôt

Selon une enquête de la MILDT c’est un adulte français sur dix qui boit trop c’est-à-dire plus de trois verres par jour.

L’idée ici avancée est de permettre aux professionnels de santé de jouer leur rôle dans le dépistage des consommations à risques, grâce à un outil intitulé « repérage précoce et intervention brève ». Ce questionnaire permettra aux médecins d’interroger systématiquement tous leurs patients sur leur consommation d’alcool, de tabac ou encore de cannabis.

Enfin, une campagne de communication contre l’alcoolisme devrait être lancée.

Favoriser la prévention

Favoriser la prévention à la sanction est l’esprit de ce projet. Concrètement, pour les drogues « dures », cela devrait passer par l’ouverture de deux salles de shoots supplémentaires, après celle de Paris.

Pour le tabac, le plan prévoit d’expérimenter des universités entièrement non-fumeur, la promotion de la cigarette électronique (que le ministère de la santé envisageait d’interdire dans les lieux publics !) et le remboursement intégral des substituts nicotiniques pour les femmes enceintes et les moins de 25 ans.

Le plan propose aussi que soit modifié le code du travail pour limiter la consommation d’alcool sur les lieux de travail.

Enfin il est proposé un renforcement du contrôle des mineurs qui achètent de l’alcool et du tabac.

De nouvelles taxes ?

La MILDT comme le gouvernement semble oublier (une fois de plus) l’instrument fiscal pour lutter contre l’alcoolisme. Ainsi l’idée d’une taxe sur les boissons dites prémix (mélange de soda et d’alcool fort) n’est pas retenue.

Par contre, en ce qui concerne le tabac, le rapport rappelle que la diminution de la consommation passera encore par une hausse régulière des prix.

Ne pas revenir sur la répression

En matière pénale, conformément aux positions du chef du gouvernement, « on ne va ni revenir sur la loi de 1970, ni sur la dépénalisation du cannabis. Les gens ne comprendraient pas alors qu’on connait les effets du cannabis sur le cerveau » estime Mme Jourdain-Menninger.

La Mildt propose en outre des amendes douanières pour les acheteurs de drogue.

« Ce n’est pas le moment d’un grand débat sur la dépénalisation, qui donnerait lieu à de la langue de bois de tous côtés. Dans un pays où les messages de prévention ne passent pas, où la population est mal protégée, où de nouveaux types de trafics se diffusent, il faut d’abord repenser toutes nos armes »,juge par exemple Serge Blisko, ancien député PS, qui, en 2011, avait présidé une mission d’information parlementaire sur la toxicomanie

Réaction des addictologues

Si certains comme le psychothérapeute Michel Lejoyeux semble se satisfaire de ce nouveau plan dans les colonnes du nouvel observateur, d’autres spécialistes font part de leur circonspection face à cette nouvelle campagne contre les addictions en France.

Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction regrette ainsi que l’outil fiscal ne soit pas plus utilisé tout en saluant « l’intention de traiter les addictions telles qu’elles sont aujourd’hui, et d’aller vers les consommateurs ».

Globalement les addictologues ayant commenté ces nouvelles propositions soulignent des avancées en matière de réduction des risques mais regrettent que certaines idées dans l’air du temps n’ont pas été reprise comme par exemple la distribution de seringues en prison.

Michel Reynaud n’a pas été entendu

L’addictologue Michel Reynaud, auteur d’un rapport préparatoire sur la question ne sera lui aussi vraisemblablement pas ravi par ce plan.

Il avait notamment préconisé une législation identique pour les délits liés à la consommation de tous types de drogue, estimant que « la division licite-illicite est une prime donnée à l’alcool ».
Ses propositions sur la « contraventionnalisation » de la consommation de cannabis, qui permettrait d’alléger le travail des forces de l’ordre et des magistrats n’ont pas non plus été entendues.

Frédéric Haroche

Source : jim.fr

Copyright © http://www.jim.fr

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