La carte des points chauds de la toxicomanie à Paris

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INTERVIEW – Pierre Leyrit, directeur du centre socio-médical Coordination Toxicomanies, à Paris, commente la cartographie de la toxicomanie parisienne. Il apparaît que le triangle Gare du Nord – Château-Rouge – Stalingrad demeure le «grand spot» de la consommation de produits opiacés.

Pierre Leyrit est le directeur du centre socio-médical Coordination Toxicomanies dans le XVIIIe arrondissement de Paris. À ce titre, il décrit les tentatives de réduction des risques liés à l’injection de stupéfiants, les spécificités du quartier de la gare du Nord et les risques autres que ceux liés aux drogues injectables.

Le Figaro. – Comment évolue la distribution de matériel d’injection stérile à Paris?

Pierre Leyrit. – On voit une augmentation constante, de 6 à 7 % par an, du nombre de kits distribués. Quant à dire si cette augmentation correspond à un meilleur comportement des usagers ou à une augmentation de la consommation de drogue, je dirais que c’est probablement les deux. L’accroissement de l’offre de kits – en 20 ans, on est passé d’une quinzaine de distributeurs à 33 aujourd’hui dans Paris – permet certainement que le matériel ne soit pas réutilisé, ce qui évite à la fois une surinfection quand un usager réutilise une seringue, ou une contamination quand il utilise une seringue déjà utilisée. De ce point de vue, on peut considérer que c’est une réussite: dans les années 1980, les consommateurs étaient la population la plus contaminée par le Sida. Aujourd’hui, sur les personnes qui ont contracté le VIH en 2013, le pourcentage est inférieur à celui de contamination de la population générale. Toutefois, les études montrent que l’injection reste un problème majeur: il y a un renouvellement de la population, une augmentation de la consommation…

Pourquoi les environs de la gare du Nord, où était prévue l’implantation d’une salle de consommation à moindre risque, sont l’épicentre parisien de la consommation de produits opiacés?

distributeurs de seringues

En effet, ce n’est pas un hasard si la salle de consommation était prévue là. C’est le grand «spot» du moment, dans un triangle Gare du Nord – Stalingrad – Château-rouge. D’abord, c’est un énorme nœud de transports, la gare est la troisième gare mondiale après Chicago et Tokyo. Il y a aussi une dimension urbaine: c’est là qu’on trouve de l’habitat insalubre ou délaissé, et des populations qui ont moins le réflexe de faire appel à l’autorité publique quand ils voient des consommateurs devant chez eux. Mais les choses évoluent: dans les années 1970, le «spot» de consommation d’héroïne était dans les environs du chantier de la tour Montparnasse. Puis la rénovation urbaine a repoussé les consommateurs vers les squats de la rue de Bagnolet, le bassin de la Villette… Ça évolue en partie au gré de la rénovation urbaine, mais aussi au gré de la politique d’accompagnement des toxicomanes. Depuis le milieu des années 2000, on n’est plus dans une logique de «chacun pour soi», qui consiste à repousser la question du centre vers les périphéries, mais dans une logique métropolitaine. La notion de «centre» est remise en cause: reléguer les consommateurs à la Plaine-Saint-Denis, par exemple, n’a plus de sens, car c’est devenu un centre en soi. La métropole devient multicentrique, ce qui impose d’engager une réflexion sur la prise en charge des usagers. Sur les substances injectables, mais aussi sur le crack, par exemple.

Qu’est-ce qui distingue ces phénomènes?

Les seringues sont très visibles et impressionnantes: une seringue vue par 1000 passants, c’est comme s’il y avait 1000 seringues dans la rue. Les gens évitent les rues où ils voient ces objets et la misère qui va avec cette consommation. Mais je pense qu’en dehors de cette visibilité, dans la problématique du nord-est parisien, le poids du crack est plus important que celui des opiacés. Avec le crack, il n’y a pas le symbole de la seringue abandonnée, mais c’est une réalité également très dérangeante, avec beaucoup de violence. Non pas à l’encontre des passants, mais sous leurs yeux, des violences entre des consommateurs, qui sont sans foi ni loi quand ils cherchent du crack. Heureusement, entre guillemets, ce sont des gens très affaiblis physiquement, ce qui limite les dégâts, mais c’est très impressionnant pour les gens qui voient ça. Ce sont par ailleurs des usagers dans une très grande précarisation, très agités en cas de manque, aux comportements étranges en raison de troubles neurologiques liés à cette drogue… Une situation d’autant plus inquiétante que les consommateurs de crack ne rentrent pas dans les dispositifs de parcours de soins, déjà surchargés ou peu adaptés.

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