Comment la drogue drague votre cerveau pour vous rendre addict

« Si tu en prends, tu es coincé pour le reste de ta vie » voilà ce que disent la plupart des gens à propos des drogues d’abus. Mais ils oublient de préciser le vrai piège qu’elles referment: « si tu essaies et que tu es assez fort pour arrêter, soit prêt à vivre toute ta vie avec un spectre qui t’attend au carrefour de tes appétits ». Une fois que vous avez flirté avec la drogue, vous avez réveillé pour de bon une muse fantomatique.

Toutes les drogues d’abus (i.e. l’héroïne, la cocaïne, la marijuana, etc.) ont au moins un mécanisme en commun: elles augmentent la concentration de dopamine dans le cerveau.La dopamine est un neuro-modulateur qui permet d’anticiper la récompense. Que cela signifie-t-il ? Essayons d’imaginer. Souvenez-vous de votre béguin au lycée. Elle – ou il mais prenons elle ici – prend d’habitude le bus 79 à un arrêt en amont du vôtre. Quand vous parvenez à votre arrêt, vous regardez la circulation qui arrive et distinguez le signe 79 sur le bus qui s’approche. A ce moment, votre séquence mentale est: le 79 approche. Il est huit heure moins le quart, elle devrait être dedans. Une chance. Ces pensées rapides, presque réflexes, sont générées par – ou avec – le relargage de dopamine. Cette dernière inondant une partie de votre cerveau, vous êtes à présent en train de prévoir, d’anticiper, et d’attendre, un moment excitant, potentiellement agréable.

De façon plus intéressante, si, au moment où vous montez dans le bus vous apercevez effectivement votre crush, alors votre cerveau largue encore un peu de dopamine, mais moins que lorsque vous attendiez le bus. Ce second pic de dopamine consolide ainsi le pic initial. En revanche, si vous ne la voyez pas dans le bus, alors une baisse du niveau de dopamine a lieu, comme si elle était retirée des espaces synaptiques. Dans ce cas, la valeur appétitive associée au signe 79 s’efface de votre esprit.

Un pic de dopamine signifie bien plus qu’une simple expérience de plaisir. C’est une phase d’apprentissage, durant laquelle nous attribuons une valeur émotionnelle aux objets qui nous entourent. Cela nous permet de rendre notre journée excitante, prometteuse, et réussie. Quand quelqu’un prend de la drogue (par exemple de la cocaïne), il court-circuite ce système biologique pour aller « droit au but » : il/elle ressent le relargage de dopamine comme un agréable bain de plaisir, aiguisé par le fait qu’il/elle compte sur une récompense réelle qui ne vient jamais. Le plaisir intense n’est donc pas ici la conséquence d’une émotion ou d’une intuition, d’une prédiction, mais d’une simple activation physiologique. Pour filer la métaphore, vous n’attendez plus le bus, c’est vous dorénavant qui le conduisez. Votre béguin s’est transformé en fantôme. Votre recherche de désir est piégée dans une boucle folle, infinie.

Une fois que vous avez développé une addiction, la vie quotidienne ne vous surprend plus autant qu’avant. La drogue a desséché la saveur émotionnelle que vous attribuiez aux indices environnant, et la concentre sur elle-même. Sans pouvoir répondre émotionnellement à votre environnement, vous risquez de sombrer dans la dépression.

A ce stade, la drogue est devenue votre muse, en privé. Entièrement satisfait, vous vous isolez progressivement – preuve d’une addiction très préoccupante. La drogue est passée de muse à Némésis. Vous prenez conscience que vous avez besoin d’aide, et vous entreprenez les démarches adaptées. Après de gros efforts, vous vous en sortez.

Vous comprenez que vous avez doucement substitué un plaisir auto induit aux plaisirs simples offerts par la vie, et que cela a eu pour conséquence de distordre en profondeur la nature de votre capacité à apprécier les choses, les êtres, les moments. La drogue était devenue la seule alliée qui tenait ses promesses, vous faisant oublier au passage que l’incertitude était une composante vitale du plaisir. Si dorénavant vous pouvez le comprendre, vous ne l’acceptez pas toujours. Le spectre du plaisir immédiat commence dès lors à vous suivre.

Voilà donc pourquoi ceux qui ont réussi à se débarrasser de leur addiction peuvent rechuter même vingt ans après. La rechute est souvent excessive, car il ont l’impression de retrouver l’amour de leur vie perdu depuis très longtemps. Ce moment mérite d’être célébré comme il se doit… Malheureusement, le corps n’est plus aussi tolérant, et c’est souvent dans ces circonstances que l’overdose survient.

Comme il est étrange de voir que l’amour que vous ressentez pour ce fantôme dans le bus est plus violent que l’amour que vous avez éprouvé pour quiconque. Même si vous êtes parvenu à retrouver une vie décente, vous sentez souvent cet ennui profond, pathologique. Cette morosité disparaîtra. Mais vous savez que le bus 79 est désormais hanté, et que, de temps à autre, vous ne pouvez vous empêcher de jeter un œil inquiet pour voir s’il arrive enfin. Source

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