Addictions : un guide pour les professionnels des Consultations jeunes consommateurs

Un adolescent souffrant d’addiction au cannabis ne vient pas de lui-même à une Consultation jeunes consommateurs (CJC) : il y est toujours adressé par un tiers (ses parents, son établissement scolaire ou pire, un juge). Cela ne facilite pas le contact avec le thérapeute, et le Dr Olivier Phan, responsable d’une CJC dans le Ve arrondissement de Paris, en sait quelque chose. « Il ne faut pas croire que l’adolescent est convaincu que ce qu’on va lui apporter va l’aider », a expliqué ce psychiatre lors des deuxièmes rencontres de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), organisées le 26 juin dernier à Matignon.

Lors de ce rendez-vous, le Dr Phan a donné quelques pistes pour mieux aider ce patient très particulier qu’est le jeune usager de drogues. Il est en effet l’un des trois auteurs d’un nouveau manuel à l’usage des professionnels des CJC baptisé Processus d’accompagnement et d’alliance pour le changement thérapeutique (PAACT).

Formalisant les pratiques de terrain de thérapeutes impliqués dans le CJC, le PAACT se veut pragmatique : il décrit un processus qui dure en moyenne cinq mois, durant lesquels l’adolescent est reçu toutes les semaines. Il s’agit d’une thérapie individuelle, mais les parents n’en sont pas exclus : ils sont systématiquement reçus lors du premier entretien, puis deux à trois fois seuls.

« Construire l’alliance thérapeutique »

Le mot-clé, dans le titre un peu long du PAACT, est « Alliance ». Le patient et le thérapeute doivent unir leurs forces en vue de l’objectif commun, la sortie de l’addiction. Pour cela, il faut bâtir une collaboration. Le Dr Phan a ses petits trucs : « Je les branche sur les jeux vidéo », explique cet amateur de League of Legends (LoL, pour les initiés).

Mais bien sûr, briser la glace ne suffit pas. Pour que la coopération entre le patient et le thérapeute soit durable, plusieurs stratégies sont mises en œuvre : acter les divergences (entre le patient et le thérapeute, entre le patient et ses parents), définir de nouvelles cibles thérapeutiques (aider l’adolescent à comprendre pourquoi il s’adonne à cette pratique, ce qu’elle lui apporte, et ce qu’elle lui coûte)…

Le tout devant permettre à l’adolescent de définir et de valider ses propres capacités de changement. Ce n’est qu’une fois cette alliance thérapeutique construite que l’on pourra se lancer dans le changement de comportement véritable, puis, dans une troisième phase, dresser un bilan qui permettra de prévenir la rechute.

Bien sûr, la principale addiction à laquelle les professionnels des CJC sont confrontés est le cannabis. Mais d’autres addictions se développent, et le PAACT peut aussi apporter des réponses. Le Dr Phan évoque les poly-consommations, le phénomène du binge drinking, mais aussi celui des jeux vidéo.

Adrien Renaud

Source : Le Quotidien du médecin 

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