Drogues en ligne : un business évalué à 18 millions d’euros par mois

Après la fermeture du marché noir Silk Road en octobre 2013, «  il n’a fallu que quelques semaines avant que des imitateurs occupent la place vacante  » et il y aurait maintenant une cinquantaine de «  cryptomarchés  » et de boutiques permettant à des vendeurs et des acheteurs anonymes le commerce de drogues :

  • drogues illégales,
  • nouvelles substances psychoactives,
  • médicaments sur ordonnance
  • et autres (alcool et tabac clandestins entre autres).

C’est une des observations du think tank Rand, qui publie une étude [PDF] sur les ventes en ligne de drogue. Commanditée par le gouvernement néerlandais, elle évalue le trafic de drogue via la Toile et la place des différents pays. Cette étude a été effectuée en analysant les huit principales places de marché, en épluchant des articles et données, et en menant des interviews de spécialistes (notamment de policiers).

La plantation clandestine de cannabis du film

La plantation clandestine de cannabis du film « Savages » – Oliver Stone, 2012

Selon les données du European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction (EMCDDA), les Pays-Bas sont le principal producteur européen de MDMA (une amphétamine), d’ecstasy et de cannabis (herbe), et le pays pivot pour la résine de cannabis et la cocaïne, cite le rapport. D’où la commande du gouvernement néerlandais.

Le cabinet a étudié les huit plus gros marchés clandestins (il parle de cryptomarchés, mais note que «  marchés du Darknet  » est une expression plus fréquente) : des marchés noirs où on trouve de tout, et pas uniquement des objets ou services illégaux – accessibles par darknet, ces réseaux souvent fantasmés.

Un marché de gros plus qu’un « eBay de la drogue »

Il évalue leur revenu mensuel tiré de la drogue à 12,6 millions d’euros en janvier 2016, 10,5 millions si on ne compte pas les médicaments sur ordonnance, l’alcool et le tabac. Une extrapolation à l’ensemble des marchés clandestins donne un chiffre d’affaires mensuel total de 22,1 millions d’euros, ou avec les mêmes restrictions de 18,5 millions.

Le cannabis, les stimulants et l’ecstasy représentent 70% du chiffre d’affaires des marchés analysés. On y trouve des grosses transactions (de plus de 1 000 dollars), qui représentent près du quart du chiffre d’affaires en janvier 2016.

Un passage de la liste de drogues en vente sur le marché AlphaBay, le 27 juin 2016

Un passage de la liste de drogues en vente sur le marché AlphaBay, le 27 juin 2016

Les auteurs supposent en conséquence que beaucoup de clients sont en fait des dealers qui s’approvisionnent en ligne avant de revendre hors ligne. Et ils critiquent du coup l’analogie répandue selon laquelle ces marchés seraient «  un eBay de la drogue  » (on suggère au député Bernard Debré et à Valeurs actuelles de lire cette étude).

Les vendeurs semblent agir depuis les Etats-Unis d’abord (890), le Royaume-Uni (338) et l’Allemagne (225). Les dealers indiquant qu’ils expédient depuis les Etats-Unis ont produit 36% du revenu de toutes les drogues de l’échantillon étudié.

«  D’autres pays anglo-saxons (le Canada et le Royaume-uni) de même que des pays d’Europe de l’Ouest (les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne et la France) ont également contribué à des parts substantielles des revenus.  »

Les e-commerçants néerlandais ont les meilleurs chiffres d’affaires

Du vendeur au client, ce sont les circuits (relativement) courts qui marchent le plus  : les circuits les plus fréquents – lorsqu’ils sont identifiables, ce qui est le cas pour près de deux tiers de ces circuits – sont à l’intérieur des Etats-Unis (vendeur et acheteur), au sein de l’Europe et en Océanie.

En montants, les vendeurs basés aux Pays-Bas (qui ont reçu 8% de l’ensemble du chiffre d’affaires des drogues) sont en tête  : le revenu par vendeur est 2,4 fois supérieur à celui des vendeurs en Grande-Bretagne et 4,5 fois à celui des vendeurs aux Etats-Unis.

Pour combattre ces trafics, selon les auteurs, les méthodes traditionnelles d’enquête s’appliquent aussi au commerce en ligne  : infiltration d’agents, surveillance et interception postales, surveillance en ligne (big data, analyse des places de marchés, suivi des circuits financiers), perturbation (en fermant des cryptomarchés), plus une coopération et une coordination internationales améliorées.

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