Journée sans alcool:

Comment une ancienne alcoolique se bat pour une meilleure prévention

Ni tabou, ni honte. « Il y a quinze ans, à 10 heures du matin, j’aurais pris un verre de vin », confie Laurence Cottet devant son jus d’orange. Carré blond, chaussures à talons et silhouette fine, cette femme de 57 ans dévoile son passé d’alcoolique sans détour. Mais surtout sa rédemption et comment elle transforme la noyade destructrice en force et en empathie. Avec un espoir : participer à une prévention plus adaptée sur l’alcoolisme. Alors que certains Britanniques se lancent dans un Dry January, (Janvier sans alcool), elle défend plutôt une journée sans alcool…

Soigner son deuil dans l’alcool

Un premier verre à 15 ans, un mari amateur de vin, des pots à répétition dans son entreprise de BTP… Une accoutumance banale qui dérape quand à 35 ans, elle perd brutalement son mari. « Je pose alors ce pansement alcool sur cette plaie deuil au lieu de me soigner, résume-t-elle. Après, tout a été très vite. A 39 ans, je suis alcoolique. » Les tremblements, une fiole de vodka dissimulée dans le sac à main, des comas éthyliques, l’entourage professionnel qui commence à jaser… « Pour protéger mon image au travail, j’essaie de ne pas m’exposer en public, donc de rentrer à temps m’alcooliser seule. »

Un manque d’aide criant

« A l’âge de 47 ans, en lisant le livre du psychiatre Olivier Ameisen, je me rends compte que je suis malade et je demande de l’aide. Malheureusement, les portes ne s’ouvrent pas », regrette-t-elle. Son médecin traitant balaie ses craintes en disant que son alcoolisme ne se voit pas sur son visage. Quant à sa psychanalyste, elle se contente de l’interroger sur ses rêves. « Mais je ne rêvais plus et j’arrivais ivre à la séance ! Je n’en veux pas à la médecine, mais je pense qu’il faut que les soignants soient mieux formés en addictologie. » Troisième chance manquée : son employeur ferme les yeux, ses collègues la couvrent…

Un malaise au travail

Jusqu’au drame. En 2009, devant toute l’entreprise, lors d’une cérémonie de voeux, Laurence s’effondre, ivre morte. « Il faut voir l’image de la cadre sup en talons qui ne peut pas se relever. On me ramène à mon bureau et on me laisse seule. Je fais une crise d’épilepsie, j’aurais pu mourir. Vers 17h, je me réveille, les autres font la fête. Je rentre chez moi en voiture, soit 30 km avec 2 à 3 grammes dans le sang… »

Le déclic dans une église

Le lendemain, elle pense mettre fin au cauchemar. « Vers 17h, je décide d’aller me jeter sous les rames du métro à Denfert-Rochereau (Paris). Mais devant l’église place d’Alésia, j’entends les cloches, je rentre. Et j’ai l’impression d’être une pécheresse, une débauchée. A ce moment, je ressemblais à « elephant woman », j’avais pris 10 kg. Moi qui n’avais plus communié depuis la mort de mon mari, j’y vais. Et je me suis dit : « démerde toi seigneur, moi j’ai tout essayé, la balle est dans ton camp ». »

Neuf ans d’abstinence

C’est un nouveau départ pour la quarantenaire qui vide alors toutes ses bouteilles d’alcool dans l’évier. C’était il y a neuf ans, elle n’a plus touché une goutte d’alcool depuis. « J’ai tout perdu. Et je n’oublierais jamais cette image de moi allongée par terre devant tout le monde. Mais le plus important, c’est que je me suis relevée. » Deux ans chez un psychiatre, deux livres-témoignages, une troisième en préparation… Ce recul et cette expertise, elle veut désormais les mettre au service des autres.

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