Un spray nasal contre l’addiction au jeu

 Sciences et Avenir Camille Gaubert le 11.01.2018 à 10h06

Un spray nasal pour enrayer l’envie de jouer chez les joueurs compulsifs grâce à une molécule indiquée dans le traitement d’urgence des overdoses, c’est le projet d’une nouvelle étude finlandaise.

Roulette

Le jeu pathologique est une addiction compulsive aux jeux et aux paris malgré les conséquences négatives ou le désir d’arrêter.

Une pulvérisation dans les narines et l’envie de jouer disparaît : des chercheurs finlandais ont annoncé lundi 8 janvier 2018 lancer une étude unique en son genre pour mesurer l’efficacité d’un spray nasal contre l’addiction aux jeux de hasard. Le spray contient du naloxone, un traitement d’urgence des overdoses aux opiacés qui permet d’agir sur la production de neuro-transmetteurs liés au plaisir et au besoin, au rôle central dans les addictions.

La naloxone, indiquée depuis juillet 2017 dans le soin d’urgence des overdoses

La naloxone, principe actif du médicament Nalscue, bloque l’action des opiacés sur l’organisme en occupant leur place sur les récepteurs responsables de leurs effets. Titulaire d’une autorisation de mise sur le marché en France depuis juillet 2017 après avoir été sous distribution restreinte pendant un an, le Nalscue est indiqué comme traitement d’urgence en cas d’overdose aux opiacées (héroïne, morphine, opium) par intraveineuse ou spray nasal, le nez étant une zone fortement vascularisée permettant une action rapide du médicament. Objectif : sauver la vie des personnes prises en charge en cours d’overdose, et ce sans nécessiter d’actes médicaux techniques du fait de son mode d’administration. Avec son autorisation définitive de mise sur le marché en France, elle peut aujourd’hui élargir sa distribution aux pharmacies et aux structures d’accueil des toxicomanes.

Le naloxone pour enrayer les comportements addictifs ?

Comme dans le cas des troubles liés à l’usage de drogues, l’addiction au jeu semble dépendre de neurotransmetteurs spécifiques produits par l’activation des récepteurs aux opioïdes : la sérotonine est supposée être liée au contrôle des impulsions, la dopamine aux comportements liés aux récompenses, la norépinéphrine à l’excitation, et les opioïdes endogènes (comme l’endorphine) aux motivations et aux envies, selon une publication américaine. Comme c’est le cas pour les troubles liés à la consommation d’alcool, les bloqueurs des récepteurs opioïdes peuvent ainsi agir en réduisant le besoin de jouer. « Jouer répond à un comportement très impulsif (…). Le besoin de jouer est immédiat, c’est pour cette raison que nous cherchons un médicament à effet rapide (…). Le spray nasal agit en quelques minutes« , a expliqué à l’AFP Hannu Alho, professeur de toxicologie à l’Institut national de la santé et du bien-être de Helsinki.

C’est l’efficacité de la naloxone sur l’envie compulsive de jouer que veulent vérifier les chercheurs dans une nouvelle étude dans laquelle chaque volontaire – M. Ahlo compte en rassembler 130 – pourra utiliser son spray pendant trois mois. La moitié d’entre eux recevra un spray placebo. Selon le chercheur, l’étude est la première en son genre. Des scientifiques avaient auparavant essayé d’utiliser une substance similaire au naloxone sous forme de gélules, mais le traitement n’était pas efficace car au moins une heure s’écoulait avant que le médicament ne fasse effet. Les résultats de l’étude devraient être connus dans un an et demi.

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