Que la drogue s’invite à l’école est aujourd’hui inévitable. Pourtant, c’est une problématique à laquelle les établissements ont encore du mal à répondre correctement.

© Adobe Stock
L’école, c’est comme la version “bêta” de notre société. Un lieu d’apprentissage, de relations sociales et de premières transgressions. On se conforme à certaines normes et valeurs, on déroge à d’autres avec en toile de fond la volonté de se construire et de trouver sa place.
C’est le prototype du “vivre ensemble” pour le dire autrement. Et, de la même façon que toutes les couches sociales consomment de la drogue, de tout temps et qu’elle soit légale ou non, nos enfants y seront un jour ou l’autre confrontés. Pour d’autres raisons, d’ailleurs, qu’un simple enjeu transgressif. À l’adolescence, à l’âge du mal-être et des questionnements, il y a mille et une “raisons” de consommer de la drogue.
En 2022, des deux côtés de la frontière linguistique, 545 élèves se sont fait attraper en possession de drogue dans une “institution d’enseignement”, ressort-il des statistiques de la police fédérale. Une donnée policière qui ne recouvre certainement pas l’ensemble du phénomène, puisque d’ordinaire, si P.-V. il y a, c’est qu’un établissement a appelé la police.
Ce nombre est globalement constant depuis quelques années, même si entre 2020 et 2021, la pandémie l’a exceptionnellement fait chuter de moitié puisque tout le monde restait chez soi.
La réalité de la consommation de stupéfiants dans les établissements scolaires est donc difficile à saisir et les réponses qui y sont apportées par les directions diffèrent d’une école à une autre. La réalité d’un élève n’est pas celle d’un autre, il en va de même pour les “institutions d’enseignement”.
L’image de l’école
“Toutes les écoles reconnaissent la présence d’élèves consommateurs de cannabis, paradoxalement cela ne semble pas trop les inquiéter car c’est un phénomène de société face auquel l’école décline toute responsabilité”, note Étienne Hanssens, sociologue ayant collaboré avec Infor-Drogues, ASBL dont le domaine de spécialisation est dans le nom, dans son rapport rendu en juin 2022.
Mais si les écoles sont si timorées quant à leur intervention, c’est avant tout une question d’image, note-t-il. Des policiers en salle de classe, ça fait mauvais genre spécialement dans les écoles au public plus paupérisé. Qui plus est, ça n’a jamais résolu les problématiques de consommation de stupéfiants dans les établissements scolaires, crie et écrit depuis des années Infor-Drogues.
“Ça rompt la confiance entre les élèves, les professeurs et la direction. C’est un aveu d’impuissance de l’institution”, explique Fanny Bétermier, responsable communication d’Infor-Drogues. Mais pas seulement. Embarquer un élève devant les copains et les copines, ça le stigmatise.
D’autant plus si l’élève en question est déjà fragilisé socialement ou précarisé, ce qui peut d’ailleurs être un des facteurs de sa consommation. “À Infor-Drogues, on préfère miser sur le soutien de la direction et de l’équipe éducative. Les former à agir au mieux quand ils sont confrontés à un cas et directement aborder ces questions avec les élèves, prendre les décisions nécessaires, qui peuvent passer par la sanction. En somme, aller au-delà du seul “la drogue, c’est mal””, poursuit Fanny Bétermier.
On notera qu’à l’inverse, les établissements au profil socio-économique plus élevé font davantage appel à la police, là aussi pour une question d’image. Il s’agit alors de maintenir la posture forte et sécurisante de l’institution et de réaffirmer sa “tolérance zéro” vis-à-vis des stupéfiants. “Cette influence sur l’image de l’école semble l’explication majoritaire pour comprendre la persistance des interventions policières malgré les effets négatifs de ces dernières relevés par les articles scientifiques mais aussi par de nombreux acteurs scolaires”, conclut Étienne Hanssens.
“Les professeurs connaissent mieux leurs élèves que nous, d’où l’importance de les former correctement à cette problématique. S’il n’y a que la sanction, c’est inefficace”, renchérit Fanny Bétermier. Comprendre avant tout les raisons qui poussent un jeune à consommer des stupéfiants, l’aider et l’accompagner dans ses assuétudes plutôt que sévir, c’est le leitmotiv. Il n’y a pas que le petit joint à la récréation, la consommation ne se limite pas aux horaires de l’école.
Elle se poursuit en dehors, à la maison, dans le quartier. La problématique déborde du milieu scolaire et couvre une réalité sociologique bien plus large. En 2022, 6.138 mineurs étaient ainsi concernés par des faits estampillés “stupéfiants et dopage” au tribunal de la jeunesse.
N’appelez pas la police
Le changement n’est peut-être pas encore palpable, du moins dans les chiffres, mais la volonté semble être là, tant du côté de la police que des établissements scolaires, qui font directement appel à Infor-Drogues pour leur intervention sur les addictions en général, nous font savoir des acteurs de terrain. La chargée de communication de l’ASBL n’en doute pas: “Améliorer le contexte de vie de l’élève aura une influence certaine sur sa consommation”.
L’école ne doit pas se mettre en retrait de ce phénomène de société, puisqu’elle en est la porte d’entrée. Certes, elle ne veut pas et ne doit d’ailleurs pas “favoriser” la consommation. Mais puisque nos enfants seront forcément confrontés à la drogue un jour ou l’autre, autant qu’ils soient correctement avertis et accompagnés et non pas culpabilisés.
Ecrire un commentaire