Sclérose en plaques et usage thérapeutique du cannabis : un mauvais choix loin d’être innocent

Dr Philippe Arvers [ Publié le 16 juillet 2013 ]

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Une maladie chronique invalidante sans espoir de guérison actuellement

La sclérose en plaques (SEP)  — l’âge moyen de début des symptômes est de 30 ans —, et qui touche plus particulièrement les femmes (sex ratio de 1,7). À travers le monde, plus de 2 000 000 sujets sont atteints par la SEP, dont 80 000 en France.

La sclérose en plaques est une affection chronique et invalidante qui s’attaque au système nerveux central. Elle entraîne une inflammation de la gaine de myéline, qui enveloppe les fibres nerveuses et les neurones. Des lésions apparaissent sur la gaine sous la forme de petites plaques. La transmission de l’influx nerveux s’en retrouve alors diminuée (du fait de la présence de ces plaques), au niveau du cerveau et/ou des nerfs périphériques. Cette maladie peut toucher différents organes (yeux, vessie, muscles, en particulier) et, chez un même individu, les symptômes peuvent varier d’une poussée à l’autre.

Ainsi, la sclérose en plaques évolue de façon imprévisible, avec des périodes de poussées inflammatoires, des périodes de rémission pendant lesquelles les symptômes diminuent, voire disparaissent. On comprend aisément que les sujets présentent de la fatigue physique, de l’anxiété, de la dépression, des troubles de la mémoire ou de la concentration.

La sclérose en plaques est une affection auto-immune (le système immunitaire commence à réagir contre ses propres tissus) : l’organisme considère la myéline comme un corps étranger et s’y attaque.

Cette maladie ne peut pas évoluer vers la guérison, et le traitement repose sur la prise de corticoïdes pour contrer les poussées inflammatoires, les traitements immunomodulateurs et immunosuppresseurs, et le traitement des symptômes comme les contractures musculaires, les troubles urinaires et la douleur. Les troubles anxio-dépressifs justifient un accompagnement psychologique, et les troubles moteurs une kinésithérapie régulière.

La prise en charge de la sclérose en plaques (SEP)

Actuellement, dans le monde, plus de 30 molécules sont testées dans le cadre d’essais cliniques. Ces traitements expérimentaux agissent pour la plupart sur les formes rémittentes de la maladie (succession de poussées et de phases de rémission). En effet, à ce jour, aucun traitement n’est efficace pour lutter contre les formes progressives de la SEP.

Cette maladie est donc très invalidante, et la douleur doit être prise en charge de manière efficace, lors des poussées inflammatoires en particulier. La gestion de la douleur lors des poussées aiguës est primordiale, avec l’aide de professionnels de la santé bien formés, comme dans les centres de consultation « douleur » en milieu hospitalier, ou dans les services de soins palliatifs. Cela passe donc par une approche médicale de la douleur, avec la prescription de médicaments à visée antalgique, ainsi que par une approche psychologique avec le recours à des techniques de relaxation ou le recours à l’hypnose (par un professionnel de santé, puis soi-même). La méditation pleine conscience est également utilisée dans la prise en charge de la douleur chronique. Des alternatives aux traitements médicamenteux existent donc et ils doivent être privilégiés.

Place du cannabis dans le traitement des douleurs de la SEP

Mary E Lynch et Fiona Campbell ont effectué en 2012 une méta-analyse, publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology : sur 80 études recensées entre 2003 et 2010, seules 18 ont été retenues (soit 766 sujets sur l’ensemble). Deux études concernaient la prise de dronabinol (l’équivalent synthétique du THC, la substance active du cannabis, 10 mg par jour) pour lutter contre la douleur de la SEP, et les résultats constatés étaient très modestes (versus placebo) et sur une courte durée (2,8 semaines). Il faut préciser que souvent, l’efficacité du cannabis était comparée à un placebo, et non un médicament à visée antalgique, ce qui est réducteur.

Comme le précisent les Dr Kleber et Dupont en 2012 dans l’American Journal of Psychiatry, les preuves de l’efficacité du cannabis dans la prise en charge de la douleur dans la SEP restent anecdotiques.

De plus, le THC est un dépresseur de l’immunité : c’est par conséquent incohérent de le proposer dans la prise en charge d’une maladie auto-immune comme la SEP.

Du cannabis thérapeutique à la dépénalisation du cannabis, il n’y a qu’un pas !

En 1998, suite à la publication du rapport Roques sur la dangerosité des drogues, le cannabis avait été classé comme la substance la moins dangereuse (3ème catégorie) : c’était la porte ouverte à la dépénalisation, mais Lionel Jospin, en 1999, s’y refusa. C’était déjà un premier signal.

Daniel Vaillant dirigea ensuite un groupe de travail interne au Parti socialiste sur la question de l’usage thérapeutique du cannabis.

Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale, a voulu relancer le débat de la dépénalisation en 2012 : 2ème signal fort, malgré un rappel à l’ordre du Premier ministre.

Plus récemment (mars 2013), Marisol Touraine a relancé l’idée du recours au cannabis à des fins thérapeutiques, dans la SEP. À cette occasion, la ministre avait interrogé séparément l’académie nationale de médecine, ainsi que l’académie nationale de pharmacie sur l’opportunité du présent décret : ces deux académies  avaient répondu négativement et de façon argumentée. Cependant, le 5 juin 2013, le décret est sorti.

Quelle image une drogue illicite donne-elle chez les jeunes ? Johnston et al. (Monitoring the future, 2012) montrent que la consommation de cannabis des élèves de terminale est d’autant plus élevée que le « risque perçu » et la « désapprobation sociale perçue » du cannabis sont faibles.

Actuellement, si le niveau de consommation des jeunes en France est élevé par rapport à leurs homologues européens (étude ESPAD 2011), quelle est leur perception des risques pour leur santé ? Lors de mes interventions en milieu scolaire (collèges, lycées) et universitaire, je constate la banalisation de l’usage, qui peut être régulier (jusqu’à plusieurs joints chaque jour). En 2010, nous avions effectué une enquête sur la consommation de substances psychoactives auprès de 300 jeunes d’un lycée professionnel de l’Isère : 35,7 % des jeunes ayant consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois avaient un usage problématique de cannabis et 6 % présentaient des critères de dépendance (score SDS > 3). Nous aborderons dans un billet prochain l’évaluation de l’abus-dépendance au cannabis à l’aide de questionnaires validés en France et à l’étranger : le CAST et le SDS.

Les Dr Kleber et Dupont (American J. of psychiatry) précisent que c’est un cheval de Troie pour la légalisation, la vente et la consommation de cannabis. Cet argument — très juste à mon avis — est repris par le Pr Jean Costentin, président du CNPERT (drogueaddiction.com) et membre de la commission Addiction à l’Académie nationale de médecine.

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One Reply to “Sclérose en plaques et usage thérapeutique du cannabis : un mauvais choix loin d’être innocent”

  1. Félicitations au Dr Arvers pour cette mise au point très claire, d’autant que la sclérose en plaques constitue le cheval de bataille utilisé par la ministre Marisol Touraine pour proposer le recours au cannabis à des fins thérapeutiques, dans la SEP en particulier. Outre le fait que les résultats des études montrent des effets antalgiques très modestes du cannabis, il convient de tirer le signal d’alarme sur les graves effets délétères vasculaires du cannabis rapportés récemment (infarctus du myocarde et accidents vasculaires cérébraux). La prise en compte de la balance bénéfice-risque est donc sans appel.
    Pr Jean-Pierre Goullé
    Professeur de toxicologie.

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