Cannabis, alcool : les plus de 40 ans inquiètent les médecins

D’après un bilan officiel britannique

La toxicomanie serait un problème croissant chez les personnes âgées. Entre 2002 et 2010, les hospitalisations à cause de l’alcool chez les plus de 65 ans auraient grimpé de 136%.

Alors que les abus de drogues illicites et de consommation massive d’alcool, de type binge drinking sont habituellement associés aux jeunes, un rapport britannique tire la sonnette d’alarme vis-à -vis de ces conduites à risque des personnes plus âgées. En effet, selon le constat dressé par Drugscope, un organisme caritatif indépendant travaillant sur les drogues et l’alcool, entre 2002 et 2010, les traitements pour toxicomanies chez les personnes de plus de 40 ans, y compris chez les seniors n’ont cessé de croître.

Et toutes les substances psychoactives sont concernées, puisque ce rapport révèle qu’à la fois en matière d’alcool, de cannabis ou même d’héroïne, les demandes de prise en charge médicale sont en forte augmentation. L’organisme Drugscope met en garde contre une «épidémie silencieuse». Il précise qu’alors que le nombre de personnes traitées pour l’utilisation de drogues comme l’héroïne et le crack est en baisse dans la population générale, les chiffres sont à la hausse chez les personnes âgées de 40 ans et plus.

Les hospitalisations à cause de l’alcool en hausse de 136 %

Ce rapport intitulé, « Il est temps : la lutte contre la toxicomanie chez les personnes âgées », pointe tout d’abord du doigt les problèmes d’alcool chez les seniors. Selon ces spécialiste, entre 2002 et 2010, les admissions à l’hôpital liées à l’alcool chez les hommes âgés de 65 ans ont augmenté de 136 % et de 132% chez les femmes dans la même tranche d’âge.
Plus inquiétant encore, les taux de mortalité liés à l’alcool chez les personnes de plus de 55 ans seraient également en hausse et pour les plus de 75 ans, les décès liés à l’alcool seraient même à leur plus haut niveau depuis 1991. Selon DrugScope, bien que certains de ces décès sont associés à la consommation d’alcool à long terme, il y aurait également un nombre important de personnes se mettant à boire sur le tard. « Ces retardataires utilisent souvent ces substances comme une sorte d’automédication quand ils développent des problèmes physiques et psychologiques liés au vieillissement » précise le rapport.

Ecoutez le Dr Pierre-Michel Llorca, psychiatre au CHU de Clermont-Ferrand : «Certaines données montrent qu’il y a une augmentation de l’alcoolisation à partir de 65 ans, notamment féminine. C’est un problème de santé publique par sa difficulté de repérage. »

 

Ce rapport montre par ailleurs que quelque 1,4 million de britanniques âgés de plus de 65 ans dépassent actuellement les limites de consommation d’alcool recommandées au Royaume-Uni. Mais d’après les spécialistes, cette augmentation brutale du nombre d’hospitalisation pour alcoolisme chez les seniors ces dernières années ne reflète pas forcément une incidence en hausse de cette maladie. « C’est peut être un cumul de deux phénomènes, à la fois une augmentation de la fréquence de l’alcoolisation dans cette population, mais c’est peut être aussi qu’on les repère mieux aujourd’hui, précise Pierre-Michel Llorca, psychiatre au CHU de Clermont-Ferrand. Cela témoigne sûrement aussi d’une amélioration de la prise en charge. »

D’autre part, d’après ce bilan, alors que le nombre de moins de 30 ans en demande d’un traitement pour dépendance à l’héroïne a diminué progressivement au cours des dernières années, chez les plus de 40 ans on aurait observé le phénomène inverse. D’après les auteurs du rapport, en réalité c’est parce que la population des usagers d’héroïne est vieillissante et que leur santé se détériore rapidement.
Enfin, cette analyse révèle aussi que depuis les années 90, un nombre croissant d’individus de plus de 50 ans consomment du cannabis régulièrement.

Ecoutez le Dr Pierre-Michel Llorca : « Les consommateurs réguliers vieillissent. 20% gens de 40 ans consomment régulièrement du cannabis en France et ça augmente. »

Développer des campagnes de prévention visant les seniors

Même si les politiques de prévention ciblant les jeunes  sont toujours nécessaires, , il est désormais temps de développer davantage d’interventions de santé publique dans des tranches d’âge plus âgée, esiment les spécialistes. « Les politiques en matière de drogues et d’alcool ainsi que l’attention des médias se concentrent toujours sur les jeunes, a déclaré Marcus Roberts, directeur général de DrugScope. Ces problèmes affectent pourtant les personnes âgées même si c’est différemment. Cela ne les rend pas moins réel ou important ».
Selon les médecins qui traitent les problèmes d’addiction, chez les seniors par exemple, les problèmes de drogues ou d’alcool peuvent être parfois révélateurs d’autres problèmes, tels que la solitude et l’isolement, la fatigue liée aux soins d’un partenaire ou encore le deuil ou des problèmes financiers. «Nous avons besoin de développer une gamme d’interventions adaptées à cette tranche âge » conclut le rapport de DrugScope.

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