La France, mauvaise élève de la lutte contre le cannabis

par Xavier Raufer

En décembre 2014, la Fondation Terra Nova publiait ‘Cannabis, réguler le marché pour sortir de l’impasse’. Excellent sujet d’étude pour un think tank, mais, hélas, traité comme la gauche le fait souvent pour la sécurité, en noyant sous les mensonges ses propres échecs.

Pour Terra Nova, en France, la répression des drogues est un échec ; on y lutte durement contre le cannabis en interpellant des foules d’usagers. On peut, dit le think tank, prendre dix ans de prison pour avoir vendu du cannabis ; vingt ans si on en a produit ; plus des millions d’euros d’amende.

Fariboles. Mais d’abord ceci : les criminologues n’ont pas à décider des politiques publiques ; pénaliser, légaliser ou non l’usage des stupéfiants, est une décision de l’État. En revanche, ils doivent s’exprimer si les arguments échangés sont biaisés ou trompeurs, ce qui est le cas ici.

• Niveau de la répression : il y a en France (“Baromètre Santé” 2010-2014), environ 5 millions d’usagers de cannabis “au moins une fois par an”. Pourquoi Terra Nova calcule-t-il donc la répression sur les seuls usagers “au quotidien” (570 000, dit-il) ? Sur quelque 120 000 gardes à vue par an pour usage de cannabis, le taux réel de répression est ainsi de moins de 2,5 % sur tous les consommateurs, ce qui est peu dissuasif. Conclusion : la dure répression vue par Terra Nova est plutôt factice.

“il y a en France environ 5 millions d’usagers de cannabis “au moins une fois par an””

• Niveau de l’usage : il aurait quadruplé de 1992 à 2014. Oui, mais à quel rythme ? Vers 2010-2011, cet usage stagnait, voire baissait (‘Revue française de socioéconomie’, 2011/1-7, étude sur le marché du cannabis). Depuis 2003 “une légère baisse des niveaux de consommations pour tous les types de consommateurs apparaît”. L’Inpes-Santé-Territoires 2005-2010 (oct. 2013) constate une stabilité nationale de l’usage pour les 15-30 ans. L’explosion date donc de 2012, quand arrivent au pouvoir les amis de Terra Nova, qui camoufle maladroitement cette gênante réalité.

Les drogues en Europe : la France, mauvaise élève, oui, car c’est le seul pays où elles “explosent” ; ailleurs en Europe, l’usage des drogues stagne ou baisse. Exemple, celui de l’Angleterre (principal marché d’Europe pour les stupéfiants) : de 2008 à 2013, les saisies (douanes et police) s’y effondrent de – 25 %, le Home Office britannique y voyant “une rétractation objective du marché”.

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