Match Cannabis contre Tabac : 2 à 1   une erreur d’arbitrage du professeur Dautzenberg.

Professeur Jean Costentin, président du CNPERT.*

Nous étions, au Centre National de Prévention, d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT), jusqu’à ces jours derniers, en total accord avec l’action développée contre le tabagisme par le professeur Dautzenberg. Comme lui, nous savons les drames que collectionne le tabac, avec ses 78.000 morts annuelles en France et les très fréquentes atteintes à la qualité de vie de ceux qui n’en meurent pas,  victimes  d’artérites, d’angor, de séquelles d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, les perturbations de la grossesse et leurs conséquences pour l’enfant qui en naitra… L’étendue de ce désastre tabagique est évidemment en relation avec la licéité de cette drogue, qui recrute 13 millions de fumeurs !

Les jeunes débutent de plus en plus tôt leur consommation de tabac et, quand l’addiction est installée, une proportion notable d’entre eux y adjoignent la résine de cannabis. A la toxicité du tabac s’ajoute alors celle du cannabis. Nombre de leurs méfaits physiques, qui sont de même nature, s’additionnent voire même se potentialisent. La résine du cannabis, présente sur la plante (« herbe », « beuh », « marijuana ») ou ajoutée au tabac (« haschich », « shit ») accroit de 200°C la température de combustion de l’élément végétal (tabac ou chanvre indien),  poussant plus loin la décomposition thermique du végétal (sa pyrolyse), engendrant 7 fois plus de goudrons cancérigènes que la combustion du seul tabac, et davantage d’oxyde de carbone (CO).  Mr. Dautzenberg  sait cela, mais il n’en tient pas compte quand, pour réduire la consommation du tabac, il envisage de la transférer sur celle du cannabis. Ces jeunes gens, mais aussi des sujets plus âgés, ne sont pas dans le  choix entre tabac ou cannabis, mais dans l’association tabac et cannabis ; soit qu’ils les consomment simultanément (« joints ») ou bien alternativement (la succession de cigarettes du seul tabac étant ponctuée de quelques « pétards »).

La culture pneumologique du Pr. Dautzenberg parait cloisonnée. Il semble en effet ignorer les méfaits cérébraux / psychiques / psychiatriques, multiples et graves, du cannabis. Certains effets du THC (tétrahydrocannabinol) sont à l’opposé de ceux de la nicotine.  Si ce n’était l’épouvantable toxicité somatique du tabac (que partage le cannabis), les effets centraux de sa nicotine sont globalement positifs : accroissement de l’éveil, de l’attention, stimulant / psychoanaleptique,  à un certain degré anxiolytique, tirant l’humeur vers des étiages plus élevés (pour ne pas dire antidépresseur). Rien de tel, tant s’en faut, avec le THC ; en particulier pour les jeunes cerveaux : la perturbation de la maturation neuronale  peut induire, décompenser ou aggraver la schizophrénie. L’ivresse, la désinhibition, la perturbation de l’équilibre et de la coordination des mouvements, font mauvais ménage avec la conduite des véhicules à moteur et certaines activités professionnelles ; au moins 300 mort par an sont imputés sur la route à ce seul cannabis, tandis que l’association cannabis-alcool multiplie par 15 le risque d’accident mortel ; en deçà de ces morts, que de blessés, que d’handicapés à vie ! Les effets déplorables du THC sur l’attention, l’éveil, la mémoire à court terme (sans laquelle ne peut se constituer une mémoire à long terme, i.e. une culture, une éducation) expliquent largement les désastreuses performances éducatives des élèves français (27ième rang du classement PISA). Ils sont les premiers consommateurs de cannabis parmi les 28 Etats membres de la communauté européenne. Cette drogue, pourtant illicite,  est parvenue à rendre dépendants 1.600.000 des nôtres. Alors « Stop ou encore » ?

Dans la compétition internationale que représente la mondialisation, sorte de jeux olympiques de l’intelligence individuelle et collective, le cannabis constitue un handicap idéal, pour nos compétiteurs, qui doivent espérer une encore plus grande diffusion chez nos concitoyens. Ce THC, au long cours, est aussi responsable d’anxiété, de dépression (comportant en embuscade le risque suicidaire, qui s’est accru chez nos jeunes d’une façon corrélée avec  l’accroissement de leur consommation de cannabis).

La légalisation d’une drogue ne calme pas les sujets transgressifs ; elle les contraint surtout à effectuer la transgression au niveau d’une drogue encore plus dure : La cocaïne ? Les amphétaminiques ? Les morphiniques ? Monsieur Dautzenberg devra bientôt faire part de ses préférences ; on peut imaginer que sa logique cloisonnée lui fera choisir celle(s) qui ne se fume(nt) pas.

Substituer à la nicotine le THC, dans l’espoir de faire baisser la consommation du tabac, rappelle l’énorme erreur que commit S. Freud, pour délivrer son ami Fleish, de sa dépendance aux opiacés. Il lui prescrivit de la cocaïne,  ajoutant à la dépendance morphinique, la dépendance cocaïnique avec, en prime, l’éclosion d’un état psychotique et la mort prématurée de son pauvre ami.

Libérer le cannabis, fera exploser sa consommation vers le chiffre des quatre millions d’alcoolo-dépendants (l’alcool étant aussi drogue licite) et pourquoi pas vers les treize millions de sujets dépendants du tabac…

Sur l’échelle des drogues, il faut briser les échelons du bas, celui de l’alcool, celui du tabac, pour rendre plus difficilement accessibles, les échelons du dessus, à commencer par celui du cannabis.

Vous croyez, monsieur Dautzenberg, à une corrélation entre la réduction du tabac et la légalisation du cannabis. Vous ne ferez pas baisser la consommation du tabac mais vous ferez exploser celle du cannabis. Vous y gagnez aujourd’hui les applaudissements nourris de tous ceux qui attendent impatiemment cette légalisation mais, si votre proposition était retenue, vous devrez assumer les conséquences très néfastes de l’aggravation de la pandémie cannabique. .

*Auteur de :« Halte au cannabis » Ed. Odile Jacob (2007 )

« Pourquoi il ne faut pas dépénaliser l’usage du cannabis » Ed. Odile Jacob (2012)

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