Adolescents et cannabis, les liaisons dangereuses (La Croix)

La France est un des pays européens où la consommation est la plus forte. En 2014, la moitié (47,8 %) des jeunes de 17 ans déclaraient avoir fumé du cannabis au cours de leur vie. L’âge du premier « joint » est de 15 ans en moyenne. En 2010, l’usage régulier (au moins 10 fois dans le mois) concernait 2 % des collégiens de troisième et, l’année suivante, 7 % des lycéens de terminale. En 2011, environ 5 % des ados (7 % des garçons et 3 % des filles) présentaient un« risque élevé d’usage problématique voire de dépendance » au cannabis, selon l’Inserm (1).

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► La teneur en THC

La principale molécule active du cannabis est le THC (tétrahydrocannabinol). C’est cette molécule qui agit sur le système nerveux et modifie les sensations, les perceptions et le comportement. Actuellement, la teneur moyenne en THC de la résine de cannabis est de 21 %. Un chiffre multiplié par trois ans en dix ans.

L’usage de ce cannabis, de plus en fortement dosé en THC, est une évolution majeure. « Les joints consommés par les jeunes n’ont plus rien à voir avec ceux que fumaient leurs parents », affirment de nombreux médecins. « Le problème est que l’ado qui achète sa barrette ne connaît pas la teneur en THC. C’est comme acheter une bouteille d’alcool, sans savoir si elle contient de la bière ou de la vodka », précise le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

► La dépendance au cannabis

Les médecins constatent la réalité d’une dépendance chez certains consommateurs. « Le cannabis est en général considéré comme peu addictif à condition qu’il soit pris sous forme d’herbe. Mais, en France, il est surtout consommé sous forme de résine (haschisch) en association avec le tabac. Le tabac étant un des produits les plus addictifs connu, le mélange devient addictogène », indique Jean-Pol Tassin, neurobiologiste et professeur au Collège de France.

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De son côté, le professeur Krebs évalue à 10 à 15 % le nombre d’usagers dépendants au cannabis. « La dépendance peut aussi être liée à la façon dont le jeune consomme. Celui qui fume juste pour se faire plaisir va arrêter assez vite. Mais c’est plus compliqué chez ceux qui consomment pour compenser quelque chose, ceux qui utilisent le cannabis pour gérer certaines émotions, comme l’anxiété, la peur ou la tristesse », analyse le docteur Olivier Phan, responsable de la consultation jeunes consommateurs au centre Pierre-Nicole de la Croix-Rouge à Paris.

► L’impact du cannabis sur le cerveau

Ce n’est pas la même chose de fumer du cannabis à l’adolescence qu’à l’âge adulte. « Les jeunes de 15 à 25 ans sont plus vulnérables car, dans cette tranche d’âge, le cerveau est en phase de maturation », souligne le docteur Laurent Karila, psychiatre à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif. Consommé de manière excessive, le cannabis, tout comme l’alcool, peut porter atteinte au cerveau et à son fonctionnement en entraînant des effets cognitifs : troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire à court terme, celle utilisée pour réfléchir, lire ou compter.

« Cela peut avoir un effet catastrophique sur les résultats scolaires, en particulier chez les élèves qui fument avant d’aller en cours », indique le professeur Marie-Odile Krebs (université Paris-Descartes), psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. « On assiste parfois à des décrochages spectaculaires », souligne le docteur Jean-Michel Delile, directeur du Comité d’étude et d’information sur la drogue (CEID) et les addictions, à Bordeaux.

Consommer de manière intensive et précoce peut aussi entraîner des séquelles à long terme, même une fois que le jeune a arrêté de fumer. « Une étude a montré que la dépendance au cannabis pouvait entraîner, à l’âge adulte, une baisse du quotient intellectuel (QI) pouvant aller jusqu’à huit points », indique le docteur Phan.

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► Le risque de déclenchement de la schizophrénie

L’immense majorité des jeunes consommeront du cannabis sans connaître le moindre problème psychiatrique. Mais chez certaines personnes, cette consommation, surtout si elle est précoce et importante, peut provoquer la survenue de troubles anxieux ou dépressifs, de troubles psychotiques ou d’une schizophrénie. « Le cannabis ne va pas créer la schizophrénie mais peut précipiter la survenue de la maladie qui va se déclarer plus tôt », ajoute le professeur Phan.

L’Inserm fait le même constat, en soulignant qu’il n’a pas été démontré que le cannabis puisse « être la cause unique » d’une schizophrénie. Mais les médecins insistent sur le fait que tous les usagers ne sont pas égaux face au produit. « Les effets peuvent être très variables d’une personne à l’autre en raison de certaines vulnérabilités individuelles », souligne le professeur Krebs. Le risque peut ainsi dépendre de certains facteurs génétiques, de l’âge ou d’antécédents familiaux psychiatriques.

► Les autres conséquences pour la santé

En général, le cannabis est fumé avec du tabac. « Et un fumeur de cannabis inhale du monoxyde de carbone, des particules fines et des goudrons. Ce qui est toxique pour les poumons et peut entraîner des maladies respiratoires », souligne le professeur Dautzenberg.

Le cannabis peut aussi modifier le rythme cardiaque et être dangereux pour les personnes souffrant d’hypertension ou de maladies cardiovasculaires. Sinon, ce n’est pas une drogue aussi dangereuse que l’héroïne et on ne peut pas mourir d’une overdose avec ce produit. Mais une forte consommation d’un cannabis, très dosé en THC, peut provoquer un « bad trip », une intoxication aiguë qui peut se manifester par une angoisse intense, des palpitations, des tremblements, des sueurs froides, de la confusion et parfois une perte de connaissance.

► Les seuils de consommation

Pour l’alcool, il existe des repères simples : ne pas dépasser trois verres par jour pour les hommes et deux verres pour les femmes. Mais c’est plus difficile de donner ce type de repères pour le cannabis. « Les risques dépendent bien sûr de la dose. Plus un jeune consomme, surtout de manière précoce, et plus les risques sont importants », souligne le docteur Delile. Comme pour l’alcool, l’immense majorité des jeunes, qui fument de manière occasionnelle, ne connaîtront pas de problème.

Mais les médecins se refusent de fixer un nombre de joints « acceptable », en deçà duquel l’usager ne court aucun risque. Tout dépend du taux de THC contenu dans le joint ou de la vulnérabilité individuelle de l’usager. « Le risque d’altérations cérébrales peut exister pour des faibles consommations chez des sujets particulièrement vulnérables », souligne l’Inserm.

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► Le cannabis, un produit dangereux sur la route

Effets et conséquence du cannabis. Celui-ci peut aussi modifier la perception visuelle, la vigilance et les réflexes. Ces effets peuvent durer de deux à dix heures. « La consommation de cannabis peut être jugée responsable de 170 à 190 décès annuels par accidents de la route à la fin des années 2000 », souligne l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

Les risques de l’association cannabis-alcool. On estime qu’un conducteur a 1,8 fois plus de risque d’être responsable d’un accident mortel quand il a consommé du cannabis. Quand il consomme aussi de l’alcool, le risque est multiplié par 14.

Pierre Bienvault

(1) Expertise collective de l’Inserm « Conduites addictives chez les adolescents « (février 2014).

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