Drogues, alcool : peut-on vraiment soigner les addictions ? (Le Point)

Vendredi, dans le cadre du forum Neuroplanète, Le Point a réuni deux des plus éminents spécialistes en termes d’addictologie : l’addictologue Marie de Noailles – auteur d’Addict* (écrit avec Émilie Lanez, grand reporter au Point) – et Pier-Vincenzo Piazza, directeur du Neurocentre Magendie de Bordeaux. Alcool, drogues, jeux vidéo : l’assistance s’est passionnée pour ce débat entre deux spécialistes dont l’approche – psychologique et médicale – se complètent. Interview croisée.

Le Point.fr : Comment définit-on un « addict » ?

Pier-Vincenzo Piazza : Un toxicomane, un « addict », est quelqu’un qui a un problème lié à la dérive de la consommation d’un produit. Les premiers signes d’une prise pathologique sont une consommation excessive et régulière et le début de petits problèmes (retards, difficultés à se lever). Mais ça reste une consommation « organisée ». La seconde étape, c’est lorsque la consommation envahit totalement la sphère du comportement. Elle se matérialise par une perte de contrôle avec l’incapacité de faire autre chose que de prendre de la drogue.

Marie de Noailles : Ce n’est pas forcément quelqu’un qui consomme trop. Avant, on diagnostiquait la consommation excessive en fonction du volume consommé. Aujourd’hui, certains consomment trop, mais ne sont pas « addict » et seront capables d’arrêter. Et à l’inverse, il y a ceux qui consomment moins, mais qui sont « addict ». On peut repérer un comportement addictif par rapport aux conséquences que cela provoque dans la vie de la personne concernée.

On ne peut pas se contenter d’un traitement chimique

Peut-on expliquer comment devient-on « addict » ?

Pier-Vincenzo Piazza : Le passage d’une consommation normale à une consommation pathologique est dû à une vulnérabilité biologique. Ceci s’explique en petite partie par les gènes, par l’expérience de vie (au niveau prénatal comme à l’adolescence) et l’âge, la période de développement dans laquelle vous vous trouvez. À l’adolescence, les drogues n’ont pas le même impact au niveau biologique et surtout ont un impact à long terme que l’on ne retrouve pas si le cerveau est déjà à maturité.

Marie de Noailles : Ce ne sera pas toujours les mêmes causes pour les mêmes personnes : on peut être tous les deux addicts et consommer pour des raisons différentes. En revanche, l’addiction a des facteurs biologique, psychologique et social.

Peut-on soigner l’addiction ?

Pier-Vincenzo Piazza : L’addiction se soigne, parfois toute seule après des parcours très longs, parfois avec des psychothérapies ou des thérapies de substitution. L’être humain est « addict » à un certain nombre de choses : à la nourriture, au sexe, à l’air. Le problème n’est pas l’addiction en tant que telle, mais le fait de l’être à un produit qui prend le contrôle sur tout le reste et qui nous fait du mal. L’absence de perception d’effet indésirable par les fumeurs explique en partie la difficulté à se sevrer.

Marie de Noailles : Il faut faire un peu de tout, comme toutes les maladies : on ne peut pas se contenter d’un traitement chimique. Il convient de s’occuper des autres facteurs. Dans une prescription pour une grippe, vous avez un antibiotique, un médicament pour la gorge, un spray pour le nez… Je pense que c’est pareil pour le traitement des addictions. Il faut bien sûr prévenir et faire du soin, de l’accompagnement.

Le fait qu’une drogue soit légale ou pas n’a rien à voir ni avec sa capacité d’addiction ni avec sa toxicité

L’accès à l’alcool est généralisé dans nos sociétés. Cela complique-t-il la faculté à sensibiliser en matière d’addiction ?

Pier-Vincenzo Piazza : Le fait qu’une drogue soit légale ou pas n’a rien à voir ni avec sa capacité d’addiction ni avec sa toxicité. La drogue la plus toxique et qui donne l’addiction la plus dévastatrice, c’est l’alcool. Les raisons de la légalité d’une drogue ne sont pas liées avec son effet sur la santé et, d’ailleurs, les patients le savent. Un alcoolique, vous n’avez pas à le convaincre que cette drogue est dévastatrice !

Marie de Noailles : J’ai pris beaucoup de drogues, ce qui me donne une certaine connaissance du sujet. Pour moi, l’alcool a été le produit le plus difficile à arrêter : il y a de l’alcool à tous les coins de rue, dans le frigo, les bars. C’est plus difficile de vivre dans notre environnement social sans boire d’alcool. Quand je vais dans une soirée ou à un mariage et que je demande un Coca, c’est plus compliqué pour la personne de me le trouver plutôt que de m’offrir un verre de champagne ou de vin. Il ne faut pas oublier qu’en France, l’alcool tue beaucoup plus que la cocaïne ou l’héroïne.

Source (voir la vidéo)

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