DES JEUX VIDÉO PEUVENT ATTAQUER LA MATIÈRE GRISE

Bang, bang et re-bang. Les adeptes de jeux de tir à la première personne descendent les ennemis à un rythme impitoyable. Ce qu’ils ignorent toutefois, c’est qu’ils risquent ainsi d’attaquer également… leur propre matière grise. Des chercheurs montréalais viennent en effet de découvrir que certains jeux vidéo peuvent atrophier l’hippocampe, une région dont la faiblesse prédispose à la maladie d’Alzheimer. Explications.

Meilleure attention visuelle, meilleure motricité fine, meilleure mémoire à court terme : les jeux vidéo ont plusieurs bénéfices sur le cerveau. Mais certains d’entre eux peuvent avoir des effets sournois. Selon une recherche publiée dans la revue Molecular Psychiatry, les jeux de tir à la première personne, dans lesquels le joueur voit l’action à travers les yeux du tireur, peuvent provoquer une perte de matière grise dans l’hippocampe chez certaines personnes. Cette région du cerveau s’occupe notamment de la visualisation spatiale et de stocker les souvenirs. « Aucune étude n’avait montré qu’une activité, quelle qu’elle soit, peut mener à la détérioration de l’hippocampe. Alors on estime que c’est grave et sérieux », a dit à La Presse Véronique Bohbot, coauteure de l’étude, professeure à l’Université McGill et chercheuse à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. L’étude a été menée conjointement avec des chercheurs de l’Université de Montréal, notamment le professeur Gregory West.

CALL OF DUTY C. SUPER MARIO

Le premier indice d’un problème est venu en examinant le cerveau de 33 volontaires. Ceux qui se disaient adeptes de jeux de tir à la première personne (la moitié du groupe) avaient moins de matière grise dans leur hippocampe que les autres. Pour déterminer si les jeux vidéo sont vraiment responsables de cette différence, les chercheurs ont ensuite recruté 64 non-joueurs. Certains d’entre eux ont joué pendant 90 heures à des jeux de tir à la première personne comme Call of Duty ou Killzone. Les autres ont plutôt joué à des jeux dits « de plateforme » comme Super Mario 64. Après l’exercice, les scientifiques ont noté qu’un sous-groupe important de participants ayant joué à des jeux de tir avait subi une atrophie de l’hippocampe. Aucun changement ne s’était produit chez ceux ayant joué à Super Mario 64.

DÉSÉQUILIBRE

Mais par quel mécanisme un jeu vidéo peut-il atrophier l’hippocampe ? L’explication n’est pas simple. La professeure Bohbot explique que, dans le cerveau, l’hippocampe est en compétition avec une autre structure, qu’on appelle les noyaux caudés. « Il y a vraiment une corrélation inverse entre la matière grise des noyaux caudés et celle de l’hippocampe. Les gens qui ont de gros noyaux caudés ont un petit hippocampe, et vice-versa », dit-elle. Or, les jeux de tir à la première personne stimulent massivement les noyaux caudés, notamment parce qu’ils activent à répétition et de façon immédiate le système de récompense du cerveau. L’hippocampe, lui, est très peu sollicité et s’atrophie, conduisant à un déséquilibre. Ce phénomène ne survient pas avec un jeu comme Super Mario 64 parce qu’il stimule aussi l’hippocampe. Les chercheurs croient que c’est parce qu’il demande aux joueurs de se faire une carte mentale de l’environnement virtuel où ils se trouvent.

TEST DU LABYRINTHE

La compétition entre l’hippocampe et les noyaux caudés a des implications importantes parce que chacune de ces structures nous aide à nous orienter dans notre environnement… mais de façon bien différente. Quand nous prenons le métro sans trop réfléchir pour aller au bureau, ce sont nos noyaux caudés qui nous guident. On dit souvent que nous sommes alors « sur le pilote automatique ». Lorsqu’on se fait plutôt une carte mentale des lieux pour s’orienter, c’est l’hippocampe qui travaille. En faisant naviguer les participants de l’étude dans un labyrinthe virtuel, les scientifiques ont découvert que 83 % des adeptes de jeux de tir à la première personne naviguent sur le pilote automatique, contre 50 % pour la population en général. Ils ont aussi découvert que ce sont ceux qui utilisent cette stratégie pour s’orienter qui subissent une atrophie de l’hippocampe en jouant à des jeux de tir à la première personne. La minorité de joueurs qui utilisent leur hippocampe pour s’orienter semble donc immunisée contre la perte de matière grise, même lorsqu’ils jouent à ces jeux.

ALZHEIMER

Le point le plus troublant de l’étude est qu’on sait que plus l’hippocampe est atrophié, plus le risque de développer la maladie d’Alzheimer est grand. Jouer à des jeux de tir à la première personne peut donc faire courir un risque à certaines personnes. L’étude recommande ainsi la « prudence » à ceux qui voudraient utiliser les jeux vidéo pour prévenir l’alzheimer. Le danger est de surstimuler les noyaux caudés, puis de voir ceux-ci nous mettre trop souvent sur le pilote automatique. « Si vous entrez dans une pièce et que vous ne vous souvenez plus pourquoi vous vous y êtes rendus, par exemple, vous êtes sur le pilote automatique », illustre la professeure Bohbot. Si cela se répète trop souvent, le cerveau peut sombrer dans la démence. Pour forcer l’hippocampe à reprendre le dessus, la chercheuse recommande de se faire des cartes mentales de notre environnement, de minimiser l’utilisation du GPS et d’apporter des changements à sa routine. L’exercice et une bonne nutrition peuvent aussi aider.

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