In memoriam par Jean Costentin

Sophie Daout – Une grande dame de la protection de la jeunesse contre les drogues vient de nous quitter.

Dans le cadre de notre Centre national de prévention, d’études et de recherche sur les toxicomanies (CNPERT), j’ai eu la chance de faire la connaissance puis d’échanger assez régulièrement avec madame Sophie Daout (Lucas par son époux Christian).

La convergence de nos actions contre les drogues et toxicomanies a tissé des liens d’intérêt, de convictions partagées, mêlés d’une affection certaine.

Elle a connu l’immense drame du décès de ses deux fils, dont l’un fut victime de la drogue. Au lieu de se laisser anéantir, de s’abandonner égoïstement à son malheur, ce cœur généreux a voulu se mettre au service de tous les jeunes, pour les empêcher de sombrer dans l’enfer des toxicomanies.

Professeur de l’enseignement secondaire, elle est devenue conseillère d’éducation-psychologue. Elle a multiplié alors les interventions au sein de nombreux collèges et lycées, partout en France où elle était sollicitée ; rencontrant plusieurs milliers d’élèves chaque année.

Je me souviens avec émotion des lettres de jeunes témoignant de ce qu’ils avaient ressenti en l’entendant et l’assurant qu’ils se feraient les relais des messages qu’elle leur avait fait passer. Elle a créé en l’an 2.000, à Fréjus, où elle résidait, une association : « Pour une jeunesse sans drogue ». Elle a écrit cinq livres sur les drogues.

Elle excellait dans l’art poétique et les lecteurs de notre letter du CNPERT ont pu bénéficier à au moins trois reprises de poésies qu’elle nous avait confié.

Elle a participé à nos actions contre les « salles de shoots » ; contre la dépénalisation du cannabis ; et bien sûre contre la légalisation de toutes les drogues.

Sa voix était forte, son discours pondéré, empathique, ferme et convaincant. Sa « longue » maladie, en dépit de son courage à la combattre, a fini par la vaincre, l’arrachant à notre affection.

Tout récemment encore elle me soumettait, pour recueillir mon avis, le texte d’une lettre qu’elle a du avoir le temps d’adresser à Madame Brigitte Macron, pour attirer son attention sur les drames des toxicomanies dans notre pays.

Sophie Daout, en hommage à son action, fut faite commandeur des palmes académiques.

A son cher Epoux, Christian Lucas, à leurs amis, et à toutes celles et tous ceux qui ont épaulé son combat au sein de « Pour une jeunesse sans drogue », le CNPERT, par ma voix, les assure de notre affliction, de la très grande gratitude que nous avons pour ses actions.

C’est avec son souvenir vivace que nous continuerons dans la voie qu’elle a parcourue à nos cotés.

Je voulais lui offrir, après celles qu’elle nous a offert, une poésie de Simone Weil, la philosophe (1909-1943)

Il restera de toi
Ce que tu as donné
Au lieu de le garder
Dans des coffres rouillés.
Il restera de toi, de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée.
Ce que tu as donné
En d’autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu as perdu
Que tu as attendu plus loin que les réveils,
Ce que tu as souffert
En d’autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.
Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé
En d’autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Simone Weil (philosophe 1909-1943)

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