Le vin, un alcool comme les autres ?

En termes d’effets sur la santé, existe-t-il des différences à consommer un volume donné d’alcool pur sous forme de vin, de bière ou de whisky ? Le « french paradox » existe-t-il vraiment ? La présence d’antioxydants a-t-elle un effet positif qui contrebalance significativement les effets négatifs ?

Le vin, un alcool comme les autres ?
Le vin, un alcool comme les autres ?

Au début du mois de février, sur le plateau du Grand débat de France 2, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a lancé un pavé dans la tonnelle :

« L’industrie du vin laisse à croire que le vin est un alcool différent des autres alcools. Or, en termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky. Il y a zéro différence. On laisse penser à la population française que le vin serait protecteur, apporterait des bienfaits que [ne conféreraient] pas les autres alcools : c’est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre. »

La déclaration a depuis lors alimenté de nombreux débats, mêlant d’une part citations (plus ou moins exactes et plus ou moins à jour) d’études scientifiques et, d’autre part, opinions sur la défense du terroir, des traditions, de l’emploi et des savoir-faire. Intéressons-nous ici exclusivement au volet scientifique du dossier et à l’exactitude des déclarations de la ministre, sans débattre de leurs implications potentielles en termes politiques ou de choix de société.

Faux arguments

Des critiques superficielles ont opposé à Agnès Buzyn qu’un même volume de vin ne contenait pas la même quantité d’alcool qu’un même volume de whisky, et ne pouvait donc pas être aussi dangereux… C’est feindre d’oublier que, pour chaque boisson, la définition du « verre » est précisément alignée sur son taux d’alcool moyen. Les doses servies dans les débits de boisson sont normalisées : 25 cl de bière à 5°, 12,5 cl de vin (de 10° à 12°), 3 cl d’alcool distillé à 40° (whisky, anisette, gin) contiennent chacun environ 10 g d’alcool pur [1].

Ceci étant rappelé, existe-t-il des différences – en termes d’effets à moyen ou à long termes sur la santé – à consommer un volume donné d’alcool pur sous forme de vin, de bière ou de whisky ? Autrement dit, les substances qui côtoient l’alcool dans le verre modulent-ils ses effets ?

Pas de bénéfice spécifique au vin… si bénéfice il y a !

Il est souvent affirmé qu’un bénéfice en terme de mortalité globale et de risque cardiovasculaire est observé chez les personnes qui boivent quotidiennement, et modérément, du vin. L’affirmation est trompeuse à plusieurs titres.

Premièrement, elle suggère que la corrélation mentionnée serait spécifique au vin. Or, dès le début des années 2000, l’Inserm constatait que, dans la littérature scientifique, « aucun type de boisson ne semble supérieur aux autres » quant à un lien entre consommation modérée d’alcool et risque apparememnt diminué de diverses pathologies cardiovasculaires [2].

Mais la nature même de ce lien est douteuse. Comme l’observait le nutritionniste Boris Hansel sur le plateau du Magazine de la santé, d’autres facteurs de confusion existent : les buveurs modérés tendraient à manger plus de fruits et légumes et à faire plus d’activité physique que les abstinents. Ils seraient également d’un niveau social plus élevé, « avec donc un meilleur accès aux soins ». « Il est donc probable que ce ne soit pas le vin qui les protège mais plutôt un mode de vie globalement plus sain », résumait-il. En 2016, des chercheurs nord-américains et australiens ont par ailleurs montré que, dans les études comparant abstinents et buveurs modérés d’alcool, un facteur était rarement pris en compte : les causes de l’abstinence. Maladie préexistante, arrêt suite à de longues années d’excès… une fois ces paramètres pris en compte, la consommation modérée d’alcool ne diminue plus la mortalité globale.

Dernier problème : quand bien même un lien de cause à effet entre consommation modérée d’alcool et diminution du risque cardiovasculaire serait formellement avéré, il ne pèserait pas lourd dans la balance par rapport aux effets délétères avérés.

Oui, le vin est bien cancérogène à faibles doses

La consommation modérée d’alcool est associée à l’augmentation d’un grand nombre de cancers (bouche, gorge, larynx, œsophage, estomac, foie, sein…) [3]. Ce, même à faibles doses.

Le vin ne fait pas exception, et il ne semble pas exister de dose quotidienne « sans effet ». Typiquement, chez les femmes, l’augmentation du risque de cancer du sein dès le premier verre est analogue avec le vin et les autres types de boissons alcoolisées (de l’ordre de +10%).

Le grand public est parfois trompé par des annonces sur les effets positifs sur la santé de molécules anti-oxydantes extraites du vin (polyphénols…). Si certains d’entre eux ont des effets biologiques in vitro et, à doses élevées, sur le modèle animal, ces effets restent aujourd’hui très spéculatif chez l’homme. En outre, l’idée que leur présence annulerait les effets cancérogènes de l’alcool est démentie par la littérature scientifique.

la rédaction d’Allodocteurs.fr

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