L’idée d’une dose d’alcool « inoffensive » serait un mythe, affirme une vaste étude

Par Sarah Sermondadaz le 24.08.2018

Sciences et Avenir

Une vaste méta-analyse du Lancet a enquêté sur la consommation d’alcool et son effet sur la santé de 28 millions de personnes entre 1990 et 2016. Sa conclusion : l’alcool est dangereux, même à faible dose.

L'alcool est dangereux dès le premier verre

Un verre, ça ne va pas : c’est dès le premier que commencent les dégâts.

Juste un verre d’alcool de temps en temps, c’est bon pour la santé croyez vous ? Erreur.

L’idée d’une dose d’alcool « inoffensive » voire même bénéfique serait un mythe. Car les bénéfices de l’alcool contre certaines pathologies cardiaques (les cardiopathies ischémiques) seraient contrebalancés par une augmentation du risque de cancers… dès le premier verre.

Il semblerait que ses effets soient nocifs même à faible dose. C’est ce qu’indiquent les conclusions d’une vaste méta-analyse publiée le 23 août 2018 dans The Lancet. L’alcool est impliqué dans la mort de 2,8 millions de personnes par an, ce qui en fait le 7ème facteur de risque d’une mort prématurée dans le monde. Pour les gens dont l’âge est compris entre 15 et 49 ans, c’est même le principal facteur.

Une méta-analyse sur 28 millions de personnes entre 1990 et 2016

Pour aboutir à ces conclusions, les chercheurs ont procédé à une vaste méta-analyse. Ces dernières participent au projet Global Burden of Disease Study (GBD), qui voit collaborer plus de 1800 chercheurs à travers 127 pays avec notamment le soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Ce vaste projet de recherche, financé par la fondation Bill et Melinda Gates, recueille de nombreuses données relatives à la santé publique dans le monde. Il est mis à jour tous les 5 ans, et ce depuis 1990. Pour ce travail, ils se sont appuyés plus de mille études distinctes. Tout d’abord 694 études évaluant la consommation d’alcool dans le monde, puis 592 autres études s’intéressant aux risques sanitaires liés à la consommation d’alcool, couvrant au total un échantillon de 28 millions de personnes de 195 pays entre 1990 et 2016.

Conclusions : un seul verre par jour suffit à augmenter de 0,5% le risque de développer l’un des 23 problèmes de santé associé à l’alcool. (voir ci-dessous.)

L’augmentation de ce risque reste toutefois à nuancer : comme l’analyse le statisticien britannique David Spiegelhalter, on peut interpréter ces 0,5% différemment. Il faudrait que 25.000 personnes consomment, par an, 400.000 bouteilles d’alcool fort pour développer, chaque année, une maladie grave supplémentaire liée à l’alcool. Cela correspond à la consommation de 16 bouteilles d’alcool fort par an et par personne. De quoi rassurer, dans une certaine mesure, les buveurs très occasionnels.

Cliquez pour ouvrir le graphe dans une autre fenêtre / Crédits : GBD 2016 Alcohol Collaborators

BIAIS. La méthodologie des chercheurs leur permet d’éliminer plusieurs biais : contrairement à de précédentes études, elle ne se base pas seulement sur du déclaratif. Autrement dit, les quantités d’alcool que les personnes affirment consommer sont recoupées avec d’autres données, comme la consommation d’alcool dans les lieux touristiques ou encore des estimations du commerce illicite. De quoi corriger des déclarations parfois sous-évaluées… mais puisque l’étude n’a pas tenu compte des adolescents de moins de 15 ans, les auteurs alertent que les chiffres restent certainement sous-évalués.

Pas d’effet protecteur de l’alcool à faible dose

De précédentes études avaient suggéré qu’une faible consommation pouvait avoir un effet protecteur contre certaines maladies cardiaques et formes de diabète, et qu’il existait un niveau de consommation non dangereux. Ce travail vient les contredire. « Nous avons découvert, en combinant tous les types de risques liés à la consommation d’alcool, que ce risque augmentait à n’importe quel niveau de consommation, et vient compenser les éventuels effets protecteurs », a déclaré dans un communiqué Max Griswold, auteur principal, de l’université de Washington. « L’augmentation des risques est faible à un verre par jour, mais augmente ensuite rapidement. »

SANTÉ PUBLIQUE. Pour les chercheurs, il est urgent d’adapter les politiques de santé publique. « L’alcool entraîne des conséquences graves pour la santé des populations en l’absence d’action politique adaptée », a également indiqué Emmanuela Gakidou, chercheuse ayant participé à ce travail. « Nous devons réévaluer nos recommandations de santé publique sur l’alcool. Cela peut passer par la mise en place de taxe, des heures de vente, voire l’interdiction de la publicité. » En France, en juin 2018, plus d’une personne sur 2 se déclarait favorable à une hausse du prix de l’alcool.

Le palmarès des plus grands buveurs dans le monde

De quoi également établir le palmarès des pays où l’on boit le plus… et où l’on souffre le plus des maladies liées à l’alcool. C’est au Danemark qu’on est le plus malade de l’alcool, hommes et femmes confondus. Mais c’est en Roumanie qu’on boit le plus, si on est un homme (8,2 consommations par jour en moyenne), et en Ukraine (4,2 consommations par jour) si on est une femme. Quant à la France, elle est le 6e pays pour les hommes, le 8e pour les femmes, où l’on souffre le plus de maladies liées à l’alcool, derrière notamment l’Argentine, l’Allemagne et la Suisse.

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