« Le temps ne fait rien à l’affaire » (à la façon de G. Brassens)

Les p’tits cons-ommateurs de cannabis rejoignent les vieux cons-ommateurs

Pr. Jean Costentin  – Président du centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT)

La toxicomanie est faite de continuums ; continuum des produits qui s’ajoutent par ordre d’intensités d’effet et de toxicités croissantes ; continuum générationnel, les jeunes cons-ommateurs d’hier devenus inéluctablement les vieux cons-ommateurs d’aujourd’hui.

 La revue Drug and Alcohol dependence, 2018, 191, 337-381, dans un article intitulé : « Marijuana use by middle-aged and older adults in the United States, 2015-2016 », montre un accroissement du nombre d’adultes d’âge moyen et de séniors qui s’adonnent à cette toxicomanie. Cette publication a l’intérêt de s’intéresser à des adultes d’âge moyen (9% de consommateurs) et des plus de 65 ans ( 3% ) ; population qui était passée jusqu’à maintenant « sous les radars ».

Essayons d’imaginer la sociologie de ces vieux fumeurs de shit.

Il y a ceux qui ont débuté tôt cette addiction et qui n’en ont pas été gravement affectés, même si leurs parcours familiaux et/ou professionnels  ont été plus chaotiques, avec une altitude de croisière plus basse qu’elle n’eut été s’ils s’en étaient abstenus. Parmi eux certains n’ont jamais arrêté de consommer; la tolérance à certains effets gênants du cannabis les y a aidés.

D’autres, dont les activités imposaient qu’ils s’en abstiennent, ont arrêté. Mais à l’heure de la retraite, désoeuvrés, sans famille ou s’en étant détachés, ils s’étourdissent et trompent leur ennui, leurs regrets, leur inutilité ou leurs échecs, en renouant  avec la fumée du cannabis. Pour ne pas encourir les condamnations prévues par la loi, ils militent évidemment pour l’abolition de la loi qui le prohibe.

N’oublions pas les « Bobos » qui s’encanaillent en fumant du shit, pour retrouver des jouissances de leurs jeunes années sur les barricades de Mai 1968 ; cette « vérolution » qui leur a donné l’illusion d’avoir eu, les pauvrets, le courage de leurs aïeux qui dressèrent des barricades au XIIIème siècle. Ils requièrent aussi la légalisation de toutes les drogues. C’est dans leur nature pétitionnaire ; acutisée par le plaisir « d’emmerbéter » le « catho » et le « bourgeois tradi » ; la sensation d’être vraiment urbains, branchés, au dessus du vulgum pecus et conchiant le populisme.

Référons nous aussi au « jeunisme » dans deux de ses assertions : épauler les revendications des jeunes, sans se donner le mal de trier entre celles qui sont justifiées et celles qui leur sont délétères ; ou encore repousser les limites du vieillissement, en mimant les pratiques d’une frange de la jeunesse.

Concédons à ces individus mûrs, et pour certains déjà blets, qu’à leur âge les méfaits du cannabis seront moindres ou différents de ceux qui affectent nos ados. Déplorons que pour satisfaire leurs caprices ils se moquent éperdument d’exposer  nos jeunes à cette drogue si délétère.

Indifférents au fait de mourir plus idiots, ils n’est pas dans leurs plaisirs de se coucher moins sots qu’ils se sont levés.

L’usage nouveau du cannabis chez les adultes d’âge moyen et chez les séniors justifie, en tous cas, d’effectuer des études spécifiques sur les conséquences sanitaires de cette drogue à leurs âges.

On peut leur savoir gré de se prêter bénévolement à cette expérimentation ; mais avec leur manie de tout vouloir se faire rembourser, attendons nous à les voir revendiquer, avec la légalisation du cannabis, la participation de la « sécu » à leurs dépenses.

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