Morbihan. Ils sortent l’artillerie lourde contre l’alcool au volant

Le préfet du Morbihan Patrice Faure met en place de nouveaux types d’actions pour lutter contre l’insécurité routière dans le département. Dans la nuit de samedi à dimanche, il a été proposé comme alternative aux conducteurs en infraction de se rendre au centre Kerpape de Ploemeur avec le préfet du Morbihan.
Le préfet du Morbihan Patrice Faure met en place de nouveaux types d’actions pour lutter contre l’insécurité routière dans le département.

Dans la nuit de samedi à dimanche, il a été proposé comme alternative aux conducteurs en infraction de se rendre au centre Kerpape de Ploemeur avec le préfet du Morbihan. 

Le préfet du Morbihan Patrice Faure a profité d’un important contrôle routier nocturne, samedi 12 octobre, pour présenter son plan d’action face à l’insécurité routière. Il mise sur des opérations visibles, assumées et « originales » pour marquer les esprits.

On ne plaisante pas avec la sécurité routière. Le préfet du Morbihan Patrice Faure compte bien faire passer le message à tous les conducteurs. Il a profité d’un important contrôle routier des militaires du groupement de gendarmerie départementale dans le pays de Vannes, dans la nuit de samedi à dimanche, pour annoncer les premières mesures.

De la prévention et des contrôles sont d’ores et déjà programmés, mais aussi des opérations qui sortent des sentiers battus. « Nous allons assurer de plus en plus de contrôles visibles pour mettre en insécurité les conducteurs sous l’emprise de l’alcool et des stupéfiants, explique-t-il alors que les gendarmes enchaînent les contrôles au rond-point de Kermelin à Saint-Avé, en début de soirée. C’est un fléau contre lequel il faut lutter de façon assumée et visible. »

Des opérations spéciales

Démonstration, chiffres à l’appui : 439 accidents, 518 blessés dont 178 hospitalisés et 38 personnes tués. « Une personne est tuée tous les dix jours sur les routes du Morbihan depuis le début de l’année », constate le colonel Pascal Estève, commandant du groupement de gendarmerie du Morbihan.

Les pistes ne manquent pas pour s’y attaquer. Développement du dispositif Éthylotest antidémarrage (EAD), opérations de préventions dans les établissements scolaires, des réunions de concertation sont prévues, avec les taxis notamment, pour « trouver des systèmes de tarifs forfaitaires pour ceux qui font la fête ». Mais rien de tel qu’une opération spéciale pour marquer les esprits. La nuit passée sur les routes aura eu son lot d’infractions. Vingt-neuf ont été constatées dont 15 alternatives aux poursuites proposées.

Les conducteurs en infraction à Kerpape

Plutôt que de sortir directement la carte de la répression, il a été proposé aux contrevenants la possibilité de passer une demi-journée au centre de rééducation et de réadaptation de Kerpape avec le préfet. « C’est une main tendue de la justice », précise Patrice Faure. Le procureur de la République, François Touron, confirme. « La sécurité de tous dépend de la prudence et de la conscience de chacun. J’entends classer les procédures de petite contravention de cette nuit dès lors que les conducteurs accepteront d’aller à cette journée de sensibilisation. » Cette action ponctuelle est programmée le 23 octobre prochain.

Lors de cette session de sensibilisation au risque routier, ils rencontreront des personnes victimes d’un accident de la route. Celles-ci témoigneront de ce qu’elles vivent au quotidien. « Cette visite est un symbole de l’enjeu », assure le préfet.

C’est aussi l’occasion de répandre la bonne parole d’une manière différente. « Les personnes qui viendront à Kerpape en parleront à leur entourage. » Le représentant de l’État confirme que « d’autres actions, tout aussi originales », sont dans les tuyaux. Pour l’heure, pas question d’en dévoiler le contenu. Les conducteurs sont prévenus !

Eric est le tout premier automobiliste du Morbihan à avoir bénéficié du dispositif Éthylotest antidémarrage (EAD). Il en parle ici avec le préfet du Morbihan Patrice Faure.

« Je n’ai plus le droit à l’erreur »

Eric est le premier Morbihannais à avoir bénéficié de l’Éthylotest antidémarrage (EAD). C’était il y a un peu plus de six mois. Le dispositif a été retiré de son véhicule le 29 septembre.

Tout a commencé par un banal contrôle routier. Ce soir-là, il avait, selon ses propres mots, « abusé de l’alcool ». Son taux était de 0,62 mg par litre d’air expiré. C’est au-dessus de la limite fixée à 0,40 mg. Il écope alors d’une suspension administrative de son permis.

Un coup dur pour ce quinquagénaire qui travaille dans l’hôtellerie-restauration. « C’était la première fois que ça m’arrivait. Dès le lendemain, je me suis renseigné sur ce système. J’ai contacté la préfecture et le service des suspensions de permis m’a dit que ça tombait bien. Ils allaient justement le déployer dans le département. »

Éligible au dispositif, il fait installer l’appareil sur sa voiture la semaine suivante pour 450 €, désinstallation comprise. « Après, c’est 96 € par mois de location. » À raison de six mois, le coût total est de 1 026 € pour continuer de conduire. « L’intérêt de cette alternative à la suspension du permis est de permettre aux gens de continuer à conduire avec la garantie qu’ils ne le feront pas sous l’emprise d’un état alcoolique, indique le procureur de la République François Touron. Il y a également une vraie sanction car le coût de ce système est lourd. » 137 personnes en ont bénéficié depuis six mois dans le Morbihan.

Si l’EAD a permis à Eric de continuer à travailler, il a aussi eu un impact sur sa manière de consommer de l’alcool. « Cela change notre rapport et notre comportement face à l’alcool. À partir du moment où je suis véhiculé, je fais attention. Je n’ai plus le droit à l’erreur. »

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