Pr Jean-Pierre Goullé


Dans son rapport annuel sur les drogues en date du 23 juin 2022 (1), l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT ou EMCDDA en anglais), constate un rebond rapide de l’offre et de la consommation de drogues après la COVID-19.
La disponibilité des drogues reste élevée dans l’ensemble de l’UE. Pour certaines, comme la cocaïne par exemple, elle dépasse les niveaux d’avant la pandémie.


De plus, de nouvelles drogues fortement dosées et dangereuses pour la santé font irruption sur le marché, au rythme d’une nouvelle drogue par semaine en Europe en 2021. Il révèle aussi que les produits dérivés du cannabis se diversifient et que la production de drogues de synthèse est en hausse.


En ce qui concerne leur consommation, on constate un retour aux niveaux d’avant la pandémie. L’analyse des eaux usées révèle une augmentation de la consommation de cocaïne, de crack, d’amphétamine et de méthamphétamine, dans un certain nombre de villes, entre 2020 et 2021.
Ylva Johansson, commissaire européenne chargée des affaires intérieures, déclare :
« L’escalade continue de la production de drogues de synthèse au sein de l’UE nous montre les efforts acharnés déployés par les groupes criminels organisés pour tirer profit du commerce clandestin de drogues, ce qui met en péril la santé et la sécurité publiques.

Les partenariats entre les réseaux criminels européens et internationaux sont particulièrement préoccupants. Ils ont donné lieu à une disponibilité record de la cocaïne et à la fabrication de méthamphétamine à une échelle industrielle en Europe.

Cela s’accompagne d’une potentielle augmentation de la consommation et des risques associés. L’UE et ses États membres continueront de lutter contre ces menaces émergentes au moyen d’un effort collaboratif, fondé sur les priorités de l’UE en matière de criminalité et sur ses stratégies en matière de drogue et de sécurité. »
Alexis Goosdeel, directeur de l’EMCDDA, ajoute : « Le message à retenir de ce rapport est que les drogues classiques n’ont jamais été aussi accessibles et de nouvelles substances fortement dosées continuent d’apparaître.

Aujourd’hui, presque tout ce qui présente des propriétés psychoactives peut être une drogue, étant donné que les frontières s’estompent entre les substances licites et les substances illicites. Et tout le monde peut être touché, directement ou indirectement, car les problèmes de drogue aggravent la plupart des autres défis sanitaires et sociaux importants auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui ».


De nouvelles substances psychoactives dangereuses sont disponibles et parmi elles les cathinones sont une source de préoccupation majeure. De nouvelles drogues font irruption en Europe au rythme d’une par semaine, ce qui représente un véritable défi pour la santé publique.

En effet, en 2021, 52 nouvelles substances ont été identifiées pour la première fois par l’intermédiaire du système d’alerte précoce EWS ou « early working system de l’UE », ce qui porte à 880 le nombre total de drogues surveillées par l’Observatoire.

En 2021, de nombreux produits de synthèse ont été signalés pour la première fois : 6 opioïdes, 6 cathinones et 15 cannabinoïdes. Avec 6,9 tonnes, des quantités record de drogues ont été
saisies en Europe en 2020.

Parmi ces produits on compte 3,3 tonnes de cathinones de synthèse, souvent vendues comme substituts de stimulants classiques (cocaïne, MDMA, par exemple). À la suite de l’interdiction des cathinones de synthèse en Chine depuis 2020, ces substances font désormais l’objet d’un trafic vers l’Europe depuis l’Inde, ce qui montre l’adaptation rapide du marché en fonction de la
réglementation.

Fin 2021, l’EMCDDA surveillait 162 cathinones de synthèse, ce qui en faisait la deuxième catégorie de drogues la plus nombreuse après les cannabinoïdes de synthèse, au nombre de 224.
Ainsi, une augmentation de la production, du trafic et de la disponibilité des drogues est constatée en Europe. Plus de 350 laboratoires clandestins de production ont été démantelés en 2020. Si le darknet est en déclin, les réseaux sociaux et les applications de messagerie constituent une source d’approvisionnement privilégiée, ceci souligne la nécessité d’apporter des réponses dans ce domaine si préoccupant.


1- Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (2022), Rapport
européen sur les drogues 2022 : Tendances et évolutions, Office des publications de
l’Union européenne, Luxembourg, 60pp.