Des chercheurs français découvrent une barrière anti-cannabis dans notre cerveau

Selon deux équipes de l’Inserm, la prégnénolone, une molécule produite par le cerveau, constitue un mécanisme naturel de défense contre les effets néfastes du cannabis chez l’animal.

Cette découverte pourrait concerner quelque 160 millions de fumeurs occasionnels de cannabis, 20 à 30 millions de toxicomanes dans le monde entier et 500 000 consommateurs quotidiens en France. Après dix ans de recherches, les scientifiques de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)Pier Vincenzo Piazza et Giovanni Marsicano ont annoncé, jeudi 2 janvier, la découverte d’une molécule produite par le cerveau et qui constitue une barrière naturelle au principe actif du cannabis : le tétrahydrocannabinole (THC). Elle pourrait être utilisée d’ici cinq ans dans le traitement de l’addiction à cette drogue.

Voici les explications de l’un des deux directeurs de recherche en neurobiologie des addictions, Pier Vincenzo Piazza.

Francetv info : Quelle est cette molécule ?

Pier Vincenzo Piazza : Il s’agit d’une hormone, un stéroïde plus précisément, la prégnénolone. On pensait jusque-là que cette hormone ne servait à rien en elle-même, que c’était un précurseur, c’est-à-dire une molécule qui sert à en fabriquer d’autres. Elle est produite uniquement par le cerveau.

Comment l’avez-vous découverte ?

En étudiant les effets d’un groupe de stéroïdes face à toutes les drogues, nous avons découvert que, lors d’une importante prise de cannabis, et surtout de son principe actif, le tétrahydrocannabinole, le cerveau fabriquait de la prégnénolone. Il s’agit donc d’une barrière naturelle à cette molécule, produite par le corps.

Comment fonctionne-t-elle ? 

La prégnénolone se fixe sur le même récepteur du cerveau que le THC, le CB1, mais à un autre endroit. Et elle contrôle les effets de l’une des deux voies de transmission cellulaire du cannabis. Concrètement, elle bloque tous les effets de l’addiction au niveau comportemental : l’envie d’en prendre, les effets sur la perte de mémoire, la zénitude exagérée que ressentent les fumeurs de cannabis et les effets sur la motivation.

La prégnénolone s’achète sur internet, est-ce qu’il suffit de la prendre comme ça ? 

Absolument pas. Il faut faire très attention. Dans le corps humain, la prégnénolone se dégrade très vite et se transforme en d’autres stéroïdes comme les œstrogènes, la testostérone, la progestérone. En prendre bouleverserait donc totalement le cycle hormonal de la personne. Avec des effets secondaires indésirables : des interactions avec le cycle reproductif, une chute des cheveux, une prise de poids ou encore des effets similaires au dopage.

Où en êtes-vous de la recherche sur un traitement pour l’homme ?

Du fait de cette dégradation rapide de la prégnénolone, nous avons dû fabriquer d’autres molécules de synthèse qui ont les mêmes effets mais qui ne se transforment pas en autres stéroïdes. Nous en avons développé une vingtaine que nous avons testées sur des rats et des souris. Nous envisageons d’en sélectionner deux pour commencer à effectuer des essais sur l’homme, ce pourquoi nous allons déposer une demande d’autorisation rapidement.

Nous pourrions mener les premières études cliniques d’ici un an et demi et imaginer, si cela marche, une mise sur le marché dans cinq ans environ.

Source : France Info

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