L’origine génétique de l’addiction

De l’irrépressible envie de consommer aux multiples dommages sur l’organisme, l’addiction garde une part de mystère. Tous les facteurs, psychologiques et biologiques, restent en effet obscurs. Mais certains des mécanismes cérébraux altérant la maîtrise de soi se dévoilent peu à peu. Dernière découverte, un déficit en glutamate, neurotransmetteur essentiel à l’équilibre du système de la récompense, serait symptomatique de l’addiction. Une piste pour la mise au point de nouvelles approches thérapeutiques.

Tout part du cerveau. Des neurobiologistes franco-canadiens se sont penchés sur le mécanisme cérébral pour comprendre le phénomène de l’addiction. Soit la dépendance à un produit (alcool, tabac, drogues, aliments…) ou à un comportement (jeux, sexe, sport…).

En prenant une drogue ou toute substance addictive, la quantité de dopamine fait un pic au niveau cérébral, « dans les structures où se forme le circuit de la récompense », expliquent-ils ce 4 août dans la revue Molecular Psychiatry. Tant que l’exposition aux sources de plaisir ne devient pas régulières et/ou trop intenses, cet équilibre se régule. Mais en cas de consommations excessives, « l’intensité et la rapidité de la décharge de dopamine sont à la base du processus addictif ».

Des souris et des hommes

Jusqu’ici les scientifiques pensaient que l’acétylcholine était le seul neurotransmetteur impliqué dans la régulation de la dopamine. Ce mécanisme serait en fait tributaire du duo acétylcholine-glutamate. Pour en savoir plus, l’équipe du Pr Diana Yae Sakae a étudié les neurones cholinergiques. Localisés dans le noyau accubens, l’une des structures cérébrales du système de récompense, ces derniers constituent le siège de régulation de la dopamine :

  • Chez la souris, lorsque « le gène VGLUT3, essentiel à cette communication avec le glutamate, est bloqué, les animaux deviennent plus vulnérables à la cocaïne ». L’effet stimulant de la drogue est plus intense. Les rongeurs ont plus facilement développé une addiction. Après une période d’abstinence, ils sont plus susceptibles de rechuter ;
  • Chez l’homme, cette mutation du gène VGLUT3 « qui a rendu accro les souris » s’est avérée dix fois plus fréquente chez des patients polytoxicomanes sévères, comparés à des volontaires sans symptômes psychiatriques.

Davantage d’études sont nécessaires pour savoir si cette mutation peut expliquer la plus grande vulnérabilité à l’addiction. Mais  « le rôle régulateur majeur du glutamate pour limiter l’addiction à la cocaïne » semble se confirmer », soulignent les chercheurs. « Dans tout processus d’addiction, le subtil équilibre entre le glutamate et l’acétylcholine évite l’emballement du système et l’entrée dans l’addiction ». La prochaine étape, « identifier le récepteur impliqué pour mettre au point des traitements pharmacologiques ».

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