Valérie Pécresse : Éradication du cannabis de l’espace éducatif par J Costentin

Professeur Jean Costentin Président du centre national de prévention d’études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT)

« ELECTIONS REGIONALES – Partie depuis plusieurs mois en guerre contre la « banalisation de la drogue  » chez les jeunes, Valérie Pécresse promet de serrer la vis si elle élue à la présidence de la région Ile-de-France. En cas de victoire, elle mettra en place des tests de dépistage salivaire de consommation de cannabis dans les lycées franciliens.

  »La consommation de drogue a pour conséquence la démotivation, le décrochage et l’échec scolaire. Lutter contre l’usage de la drogue chez les mineurs c’est ma responsabilité de candidate « , explique-t-elle au quotidien régional tout en détaillant un dispositif.

La pratique de ces tests serait soumise à l’approbation des conseils d’administration des 470 lycées d’Ile-de-France (dont la région à la responsabilité). S’ils donnent leur accord, les élèves seraient contraints de se soumettre à ces tests sous peine d’être considérés d’emblée comme « positifs ». Les parents seraient prévenus et les lycées où les adeptes de la fumette sont les plus nombreux feraient l’objet de mesures spécifiques pour lutter contre le trafic. En avril dernier, madame Valérie Pécresse avait déjà dénoncé « une évolution sociologique et aussi une forme de banalisation de la consommation du cannabis dans la société « . Elle réclamait alors des « lycées sans addiction, comme on a fait les lycées sans tabac, avec des vrais contrôles à l’entrée des lycées ». 

La présentation de cet ambitieux et très important projet a évidemment suscité les critiques de tous les prolégalisateurs du cannabis, constamment à l’affut, qui ont tant contribué à la pandémie cannabique qui consume notre jeune génération («  ça contreviendrait à la loi, ce serait une agression pour les adolescents, ça ne respecterait pas la liberté, ce n’est pas possible…. » et j’en passe).  L’ancienne ministre des universités sait combien ce cannabis affecte les performances éducatives.

Sans le dire, elle constate la discordance entre les faibles performances éducatives des élèves français dans la compétition mondiale (27ième rang dans le classement PISA), et le fait que nous sommes parmi les nations dépensant le plus pour l’éducation de leurs enfants.  Plutôt que d’exprimer, le cas échéant, quelques nuances (comme peut en susciter l’expression de toute position), saluons bien bas et mieux applaudissons cette déclaration forte et cette initiative très importante de madame Pécresse, qui a pris la réelle mesure du drame cannabique qui consume notre jeunesse.

Outre la toxicité physique et psychique de cette drogue, que l’on ne développera pas ici, concentrons-nous sur ses aspects en relation avec l’éducation.

Le cannabis (par son THC), perturbe de multiples façons les activités éducatives, d’où mes raccourcis habituels destinés à marquer l’esprit de mes jeunes auditeurs : « le chichon ça rend con » ; « pétard du matin-poil dans la main ; pétard du soir-trous de mémoire ».

Plus doctement maintenant : Le THC suscite une ivresse, une somnolence, une défocalisation de l’attention, des troubles délirants (pensée coupée de la réalité, sorte de rêve éveillé), des manifestations hallucinatoires (perceptions erronées, fallacieuses), un syndrome amotivationnel, une aboulie, une énorme paresse, des individus tout puissants sur leur chaise, mais qui répugnent à s’en soulever ; qui réussiront tout quand ils le voudront, mais le moment n’est jamais venu ; qui critiquent l’effort d’autrui pour se dispenser de le partager ; des individus revenus de tout sans être jamais allés nulle part.

« Arrêtes, tu me prends la tête ! »,  en raison d’une discontinuité du cours de la pensée,  d’un passage du coq à l’âne, d’un oubli du mot ; à certains égards des troubles du type maladie d’Alzheimer. Le THC perturbe la mémoire de travail, la mémoire opérationnelle, la mémoire qui permet de terminer sa phrase dans la logique de son début ; mémoire qui permet d’exprimer une phrase dans la continuité de la précédente, et même (mais on ne peut plus parler de mémoire) d’anticiper la phrase suivante. On connait les bases neurobiologiques de ces troubles.

Ils sont liés à l’inhibition de la libération d’un neuromédiateur, l’acétylcholine, dans l’hippocampe, sous l’effet de très faibles concentrations de THC, de l’ordre de grandeur de celles qui persistent pendant plusieurs jours après la consommation d’un seul « joint ». « Un joint c’est pour une semaine dans la tête et plein de joints c’est pour plusieurs semaines ». Lors de l’arrêt d’une consommation au long cours de cannabis, il a été constaté une perte de près de 8 point de Q.I. (quotient intellectuel), irrécupérable.

Comment imaginer que dans ces conditions un élève tire parti des efforts déployés pour lui inculquer des connaissances. « C’est comme si on pissait dans un violon » exprimait un enseignant exerçant  dans une école des travaux publics, formant des conducteurs d’engins de chantier.

Le jour où, à 10h du matin, j’y effectuais une présentation sur les méfaits du cannabis,  je constatais que  près de 60 % de ces pauvres jeunes gens  étaient « shootés », « camés », paumés », la conjonctive injectée, la paupière lourde, les mouvements oculaires en décalage par rapport au déplacement de mes deux index dans leur champ visuel ; la tête lourde piquant en avant, l’air lointain, absent, quand ce n’était pas pour quelques-uns un sommeil profond ;  ces intoxiqués étaient, bien sûr, incapables de répondre aux questions que je leur posai, lesquelles visaient seulement à leur faite répéter ce que je venais d’exprimer.

Les enseignants qui m’avaient convié, confirmaient mes intuitions de résultats catastrophiques aux contrôles des connaissances, constatant une imperméabilité complète aux messages simplifiés à l’extrême que ces enseignants, dont la motivation était mise à rude épreuve, s’appliquaient encore à leur dispenser. ………

 

 

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