Quel impact les principales drogues ont-elles sur la sexualité ?

L’alcool et l’ecstasy étaient plus fortement associés à des effets sexuels perçus intenses (attractivité sexuelle perçue, désir, durée du rapport…) que le cannabis. Les troubles sexuels (sécheresse, érection) étaient plus fréquemment rapportés par les hommes consommant de l’alcool ou de l’ecstasy ou par les femmes consommant du cannabis.

Pourquoi est-ce important ?

  • De nombreuses études se sont attachées à décrire l’association entre consommation d’alcool, de cannabis ou d’ecstasy et les comportements sexuels à risque (rapport sans préservatif, relations occasionnelles, non planifiées…). Mais comprendre l’impact spécifique de ces différentes drogues sur les interactions et fonctions sexuelles telles que ressenties par les usagers peut aider à améliorer les messages de prévention envers les publics à risque. Les études dans ce domaine sont en effet moins nombreuses, a fortiori celles étudiant simultanément plusieurs produits, et permettant des comparaisons directes.
  • Dans ce travail, conduit auprès de 18-25 ans fréquentant des night clubs new-yorkais, les auteurs ont voulu obtenir une description du ressenti personnel, de l’impact physiologique et de la survenue de troubles sexuels liés à ces consommations. Ils décrivent des différences spécifiques selon les produits et le sexe.

Principaux résultats

  • Parmi les 679 jeunes (21,9 ans d’âge moyen, 38,6% de femmes, 84,6% hétérosexuels) 87,3% rapportaient avoir déjà consommé au moins l’un des trois produits : le plus souvent (39,2%), ils rapportaient avoir déjà consommé les trois, puis avoir déjà consommé alcool et cannabis (20,6%).
  • 66,8% et 60,6% des participants se sentaient plus attirants sous alcool ou ecstasy, contre 25,3% sous cannabis et ils indiquaient avoir une capacité supérieure à aborder les autres dans respectivement 77,1%, 72,3%, et 26,1% des cas.
  • La sensibilité du corps était plus fortement augmentée sous ecstasy (74,5% vs 49,1% et 38,3% sous cannabis et sous alcool) alors que celle des organes sexuels était plus souvent augmentée sous alcool (85% vs 74,7% sous cannabis et 56,8% sous ecstasy).
  • Ceux ayant déclaré avoir déjà eu des rapports sexuels après consommation ont qualifié leurs ressentis : l’intensité sexuelle, la durée du rapport et l’intensité de l’orgasme étaient surtout majorées sous ecstasy (83%, 64,7% et 63,0% des cas).
  • Les troubles sexuels étaient plus fréquents sous ecstasy (46,7%) ainsi que sous alcool (40,2%) par rapport au cannabis (21,3%). Les remords suivant l’acte étaient plus souvent rapportés après consommation d’alcool (30,7%, vs 12,6% et 7,2% sous ecstasy ou sous cannabis).
  • La comparaison selon le sexe montrait que les femmes disaient aborder plus facilement les autres ou ressentir une plus forte intensité sexuelle après consommation d’alcool que les hommes. Les hommes rapportaient plus souvent une durée des rapports prolongée sous alcool que les femmes. Enfin, ces derniers rapportaient surtout des troubles de l’érection liés à la consommation d’alcool ou d’ecstasy, tandis que les femmes parlaient plus souvent de sécheresse vaginale sous cannabis.

Méthodologie

Des jeunes de 18 à 25 ans fréquentant des lieux nocturnes (night clubs, festivals) sélectionnés aléatoirement se sont vus proposés de répondre à un questionnaire rémunéré sur leur usage d’alcool, de cannabis et d’ecstasy. Outre leur profil sociodémographique, les répondants devaient indiquer s’ils avaient déjà consommé l’une et/ou l’autre de ces substances et coter, pour chacune de leurs consommation, leur perception de l’attractivité sexuelle, leur désir, la sensibilité de leur corps et de leurs organes sexuels et, s’ils avaient déjà eu des relations sous l’emprise d’une ou plusieurs de ces substances, la durée et l’intensité du rapport, la durée ou la fréquence de l’orgasme et les éventuels sécheresse vaginale ou troubles de l’érection rencontrés.

Limitations

  • Aucune distinction n’a été réalisée selon l’orientation sexuelle, la nature de l’alcool, le type de cannabis ou la présentation de l’ecstasy.
  • Les expériences vécues sous emprises sont subjectives et dépendent de l’environnement et du partenaire.

Limitations

L’étude a été financée par le NIH américain.

  • Caroline Guignot
  • 25 janv. 2018
  • Univadis Résumés Cliniques
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