Un magistrat s’inquiète de l’usage grandissant du cannabis

Un magistrat s'inquiète de l’usage grandissant du cannabis

André-Frédéric Delay : « Sur les 18-30 ans, un quart des hospitalisations est lié aux stupéfiants ». 

Quelle réponse la justice doit-elle apporter face l’usage grandissant du cannabis ? Le juge, André-Frédéric Delay ouvre des pistes de réflexion. Quelle réponse la justice doit-elle apporter face à l’usage grandissant du cannabis ? Le juge André-Frédéric Delay ouvre des pistes de réflexion.

André-Frédéric Delay, vice-président du tribunal de grande instance du Puy connaît bien la question de la consommation de cannabis, à travers son ancien métier de policier, aujourd’hui en tant que magistrat. Il accepte de nous éclairer sur ce phénomène de société.

Que pensez-vous des nouvelles dispositions en matière de répression de l’usage du cannabis ?

J’ai compris qu’il y aurait une amende délictuelle, avec quand même des possibilités de poursuites. Mais pour le moment c’est très flou. En réalité, ça ne change pas grand-chose. Il y a bien longtemps que l’usage de cannabis n’est réprimé que par une amende. Seuls des cas exceptionnels appellent d’autres sanctions. Je traite régulièrement par ordonnances pénales des affaires d’usage de stupéfiants, souvent associées d’ailleurs à des conduites sous l’empire de la drogue.

Vous parlez là de petits usagers ?

Tout dépend ce que l’on entend par petits usagers. Si vous entendez simple consommateur par rapport à celui qui détient des quantités importantes ou celui qui en revend, alors oui, celui-ci n’est pas renvoyé devant un tribunal, mais il est poursuivi malgré tout pour avoir commis un délit et il est le plus souvent puni d’une amende qui varie en fonction des ressources, entre 200 et 500 euros.

Il m’arrive de ne pas accepter d’ordonnance pénale, si je m’aperçois que la personne possède des antécédents importants d’usage de stupéfiants. Dans ce cas, la comparution devant un juge est peut-être nécessaire, pour arriver à une prise de conscience, pour engager des soins. Il faut essayer de trouver dans notre « boîte à outils » des moyens d’aider le sujet de sortir de son addiction.

La consommation de cannabis a-t-elle réellement explosé ?J’ai du mal à quantifier l’augmentation. Je peux dire par contre que l’essentiel des ordonnances pénales concernaient auparavant des conduites en état alcoolique. Maintenant, sur une cinquantaine de dossiers que je traite, j’en ai à peu près une vingtaine avec du cannabis.

Je vais à l’hôpital psychiatrique deux fois par semaine (depuis 2011, la loi impose l’intervention d’un juge avant le douzième jour d’hospitalisation sans consentement). L’an dernier, j’ai rendu près de 350 ordonnances, soit une cinquantaine de dossiers en plus par rapport à 2016. Sur les 18-30 ans, un quart des hospitalisations est lié à une consommation de produits stupéfiants, ce qui est énorme. En général, du cannabis, la drogue ordinaire, que l’on prend pour se calmer, pour dormir le soir. On voit apparaître la cocaïne, qui est un peu comme la bouteille de champagne pour les fêtes. On se fait plaisir avec un petit rail de coke.

À travers votre expérience, que pouvez-vous dire sur les méfaits du cannabis ?L’usage provoque la psychose cannabique. Une modification de l’état de conscience. Sur les personnalités fragiles, il favorise l’apparition de failles importantes de type psychotique. Je n’évoque même pas les problèmes induits comme la désocialisation, les troubles de la concentration, le décrochage scolaire. Les gens connaissent très mal les effets du cannabis, en particulier les professionnels de la route. Le gars qui se fait un joint le week-end en boîte de nuit, ne se rend pas compte qu’il sera contrôlé positif au volant, le lundi ou le mardi. En plus, les cannabis sont beaucoup plus nocifs qu’avant, plus chargés en THC. Les drogues douces n’existent plus.

La dépénalisation, vous n’y pensez même pas ?

Ce serait catastrophique. L’argument selon lequel on autorise l’alcool ne tient pas. Ce n’est pas parce que l’on a une drogue dure avec laquelle on est extrêmement complaisant que pour autant il faut en rajouter une autre. L’alcool est culturellement accepté, on est moins désociabilisé en buvant. Mais les effets du cannabis sont tout autant sinon plus redoutables que ceux de l’alcool. Avant de parler de dépénalisation pour désengorger les tribunaux, mieux vaudrait réfléchir à l’éducation. Faire peur aux jeunes, ça ne sert à rien. Il est préférable de les faire réfléchir sur la manière de conduire leur vie

On pourrait penser que la Haute-Loire est relativement privilégiée, sur le plan de la délinquance en général. Qu’en est-il concernant les stupéfiants ? N’allons pas croire que la Haute-Loire soit épargnée. Tout le monde sait qu’il y a des dealers professionnels qui vendent aux portes des lycées de Monistrol-sur-Loire, de Roche-Arnaud et de La Chartreuse. Il y a une très grande porosité entre la plaque urbaine stéphanoise et l’est de la Haute-Loire. Le département est un territoire de consommation et d’échanges de stups. D’ailleurs les « clients » que j’avais à Saint-Étienne avant, je les retrouve au Puy.

Philippe Suc Source

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