Légalisation du cannabis par Emmanuel Le Taillandier

Au Malawi on dit que « les bœufs sont tenus par des cordes et les hommes par leurs paroles ».

C’est toute l’habileté des lobbyistes de diffuser les paroles que les hommes s’approprieront pour aller dans le sens recherché.  La campagne qui vient de démarrer à grande échelle en faveur de la légalisation du cannabis est, de ce point de vue, un modèle du genre qu’il convient d’analyser en nous libérant de tous ces mots qui nous tiennent lieu de cordes.

Prenons par exemple un argument largement colporté : « puisque la répression n’a pas marché, mieux vaut libéraliser le marché du cannabis et le légaliser ». Cela me rappelle l’aventure que j’avais connue avec un ami un peu trop éméché qui m’avait emmené un soir faire un tour au volant de sa vieille guimbarde. Inutile de vous dire que ce tacot sans le moindre entretien échappait allègrement aux échéances des contrôles techniques.

A un moment donné le freinage, mal assuré, avait commencé à lâcher et la pédale pompait dans le vide.

« Arrête-toi », lui dis-je. Mais lui de me rétorquer : « Si quelque chose ne fonctionne pas il faut faire le contraire ». Et il se mit à appuyer aussitôt sur l’accélérateur, me causant, comme vous pouvez l’imaginer, la frayeur de ma vie.

Vous avez compris : Si la répression ne marche pas, faites le contraire : légalisez.

Le deuxième argument qui surgit, comme par enchantement, partout en même temps est destiné aux représentants des pouvoirs publics et aux parlementaires : « Si vous légalisez sous votre contrôle la vente de cannabis, vous en tirerez des recettes fiscales confortables qui vous permettront de mener les campagnes de prévention nécessaires ». Autrement dit il faut vendre pour empêcher la vente ! Un argument aussi absurde pourrait être avancé que sur la distinction spécieuse faite entre un cannabis qui serait thérapeutique et donc fondamentalement différent d’un cannabis qui serait récréatif, les bénéfices de l’un venant favoriser la prophylaxie de l’autre. Encore une absurdité.

Il est aisé de citer d’autres arguments de ce genre employés dans la campagne de communication en cours. Mais qui est à l’origine de ce tohu-bohu ?  Ce ne sont pas des hippies attardés, ou des politiciens trop « verts » qui transforment leur baignoire en jardinière. Non ! Ce sont des firmes sérieuses pratiquant un libéralisme débridé et alimentant de façon sauvage une économie financière déchaînée. Qu’on en juge  avec ces chiffres vertigineux. Par exemple ceux de LEVIATHAN CANNABIS à la Bourse de Toronto :

Ou encore ceux de CANOPY GROWTH CORPORATION (Bedrocan, déjà présent en Europe à partir des Pays-Bas) :

L’action a bondi en cinq ans de 1353,18 % faisant pâle figure devant celle de Leviathan Cannabis.

Quand la spéculation produit de tels résultats, il est évident que tous les coups sont permis et que, pour continuer sur une aussi belle lancée, on achètera des hommes politiques, des médias, des consciences. C’est de la folie.

C’est ce qui se passe sous nos yeux.

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