Editorial: Les méfaits du cannabis ne sont pas encore suffisamment connus !!!

Pourquoi la prohibition de l’usage du cannabis ne fonctionne pas

Pr. J. Costentin

Président du Centre National de Prévention d’Etudes et de Recherches sur les Toxicomanies (CNPERT)

Pourquoi donc la prohibition

Ne remplit-elle pas sa fonction ?

Veuillez remarquer tout d’abord

Que ceux-là même qui le déplorent

Se trouvent parmi les tous premiers

à avoir ruiné ses effets

 

Arguant que la prohibition de l’usage du cannabis ne fonctionne pas en France, le secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement, J.-M. Leguen, relativisant ses méfaits sanitaires (ce qui est malencontreux s’agissant d’un médecin), prône la légalisation de cette drogue. En politicien roué il assortit évidemment sa proposition de quelques précautions d’usage pour enfumer le citoyen réprobateur, « le bigot de la prohibition » selon ses termes. C’est à sa déclaration qu’un tel bigot répond ici.

On peut constater avec lui que la prohibition du cannabis, instaurée par la loi de 1970, n’a pas empêché les français de devenir, parmi les 28 états membres de l’Union européenne, les recordmans de consommation de cette drogue. Mais ensuite l’analyse des « bigots de la prohibition » s’oppose à la sienne. Ils estiment qu’avant d’envisager de renoncer à cette prohibition il est urgent de déterminer pourquoi, et par la faute de qui, cette prohibition ne fonctionne pas ; on saura alors ce qu’il faut faire pour quelle fonctionne.

Remarquons tout d’abord qu’en matière de toxicomanies, outre le cannabis, les français entretiennent des rapports singuliers avec les drogues, battant d’autres records de consommation ; ainsi pour le tabac (13 millions de fumeurs) et pour l’alcool (4 à 5 millions d’alcoolo-dépendants ; deux drogues dont le statut licite n’a pas empêché ces records. Records aussi pour le détournement des produits de substitution aux opiacés (codéine, Subutex, méthadone…), pour l’héroïne (250.000 morphino-dépendants), pour l’usage / l’abus des hypnotiques, ou encore des benzodiazépines….Cette propension nationale aux abus justifie les contraintes visant à les contenir.

La loi de prohibition du cannabis est largement méconnue des adolescents. Elle l’est aussi de leurs parents, hormis après qu’ils soient allés chercher au commissariat leur rejeton, pris en flagrant délit de consommation, d’achat ou de vente d’herbe (marijuana) ou de résine (haschisch) de cannabis.

Cette loi est méconnue des adolescents parce qu’elle n’est pas enseignée (excepté lors des rares interventions de la gendarmerie dans les collèges et lycées) ; qu’elle n’est pas rappelée par les médias qui majoritairement (dans le sillage entre autres de « Libération » qui en 1976 lança « l’appel du 18 joints » ou du « Monde ») militent impudemment, impunément et imprudemment pour le cannabis pour tous.

Cette loi est incomprise, à défaut d’être expliquée et plus encore justifiée à partir des considérations sanitaires qui devraient prévaloir ; expliquant pourquoi le cannabis est délétère tant pour la santé physique que psychique ; ces aspects sur lesquels on a désormais tant à dire. A défaut de cet argumentaire la loi apparait tel un oukase de « papys grognons », conçu pour « emmerbéter les mômes ». On voit croître le nombre des parents qui l’ignorent, qui y contreviennent eux-mêmes et qui se mettent ainsi hors-jeu pour en faire la pédagogie.

Les enseignants, qui voient leurs efforts ruinés au quotidien par l’intrusion du cannabis dans le cerveau des élèves et les catastrophes éducatives corrélatives, ne sont pasformés pour en parler.

Dans mes actions pour mettre en garde vis-à-vis du cannabis et décrire ses méfaits, je me suis heurté à la bastille imprenable de l’Institut universitaire de formation des maitres (IUFM) de mon académie. Cette

obstruction à la formation sur ce thème des formateurs de nos jeunes parait délibérée. A aucun moment on ne s’enquiert de la consommation éventuelle de drogues de ces apprentis éducateurs.

Instituer au cours d’une visite médicale de recrutement, la recherche de drogues dans l’urine des candidats éclairerait sur ce point. « Vous n’y pensez pas », fut-il répondu à ma suggestion, comme si elle était totalement incongrue. Pourtant,-il semble évident de ne pas confier à des toxicomanes le soin d’enseigner à nos jeunes et de leur parler des drogues et des toxicomanies.

Ce n’est que depuis peu que les parents prennent conscience de l’envahissement de notre société et de la menace de contamination de leurs enfants par le cannabis, au pays qui compte quelques cent mille dealers de cannabis, que ne les a-t-on prévenus beaucoup plus tôt ?

Nos jeunes sont très régulièrement destinataires de messages biaisés, fallacieux, dont certains émanent même de membres du gouvernement ou des assemblées : L. Jospin dans la campagne présidentielle d’il y a 16 ans ; récemment de membres du gouvernement : C. Duflot, V. Peillon, J.-M. Baylet, J.-M. Leguen ; un ancien ministre de l’intérieur D. Vaillant ; Le groupe Europe Ecologie les Verts du Sénat déposant un projet de loi visant à la légalisation du cannabis, (E. Benbassa), ou à l’assemblée nationale d’une députée (Y. Le dain). On est donc aux antipodes d’une dissuasion systématique….

La mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (MILDT) ; a eu pour directrice N. Maestracci, puis pour directeur D. Jayle, qui se démasquèrent prolégalisateurs. Ils mobilisèrent pour banaliser cette drogue quelque supplétifs obligés (B. Roques et son fallacieux rapport, J.-P. Tassin, W. Lowenstein…..).

Ces directions de la MILDT ont même poussé leur activisme jusqu‘à entraver l’action des préventeurs (dont j’étais) qui intervenaient bénévolement, dans les lycées et collèges, pour décrire les méfaits du cannabis. Leur opposition à nos actions nous a fait revisiter leur acronyme, devenu Mission Interministérielle de Lutte contre les Détracteurs des Toxicomanies.

Quand, à un prix exorbitant, la MILDT, dirigée alors par E. Apaire, faisait passer un clip de quelques dizaines de secondes fustigeant la drogue, clip abscons pour les esprits embrumés de cannabis, il se trouvait, dans les jours suivants, une chaîne de TV pour présenter une émission interminable qui entonnait un hymne au cannabis, sans faire allusion au moindre de ses méfaits.

Qui peut, dans un tel contexte, s’étonner que la prohibition ne fonctionne pas. C’est le contraire qui étonnerait. La pandémie cannabique, en France, est le résultat de manipulations  délibérées, entretenues, périodiquement ranimées ; la déclaration de J.-M. Le Guen en étant le plus récent avatar.

Cette situation n’est pas irréversible, si l’on veut bien se référer à l’exemple Suédois, curieusement très peu cité et partant ignoré. Il devrait pourtant inspirer, de toute urgence, nos politiques publiques. Dans les années 1970 le cannabis (pourtant bien moins riche en THC que celui qui circule actuellement) coulait à flot sur la jeunesse Suédoise. Il a été montré alors (S. Andreasson, 1983) ses relations avec la survenue de la schizophrénie. La réponse fut l’adoption d’une loi proche de la loi française, mais que la Suède, elle, a fait respecter, l’accompagnant d’une pédagogie qui, de la maternelle jusqu’à l’université, comporte une quarantaine d’heures d’enseignement, d’entretiens dirigés, de débats, sur les méfaits des drogues.

Aujourd’hui la Suède peut s’enorgueillir de compter (en proportion bien sûr) dix fois moins de toxicomanes que la moyenne européenne. « Où il y a une volonté il y a un chemin » (en l’occurrence les résultats suédois), mais où prévalent la méconnaissance, la négligence, l’indifférence, les biais, l’enfumage, la complaisance, on aboutit au calamiteux record français.

Les raisons invoquées par les jeunes qui ne consomment pas de cannabis tiennent pour 60% d’entre eux à la toxicité de cette drogue et pour 40% à l’interdiction du produit. Autoriser cette drogue, fera croire à ces premiers que ce n’est pas toxique et lèvera l’interdit qui retenait les autres.

N’en déplaise à M. Menucci (député Marseillais), les vingt malfrats qui tombent annuellement, sous les balles de kalachnikov tirées par leurs concurrents sur le marché de la drogue, pèsent bien peu comparés aux dizaines de milliers de victimes du cannabis (accidents routiers et professionnels, suicides, surdoses, toxicité cardio-vasculaire, cancers, rixes….) et toutes les situations de déchéance sociale qu’il recrute. Voilà encore un exemple typique d’argument fallacieux mais récurrent.

Le cannabis n’obscurcit pas seulement l’esprit de ses consommateurs, il atteint aussi gravement celui des bigots de sa légalisation. Ne nous y trompons pas, ceux qui aujourd’hui requièrent la légalisation du cannabis ont déjà, pour beaucoup d’entre eux, exprimé leur volonté de voir autoriser toutes les drogues. Il est vrai qu’ils ont plébiscité les « salles de shoots » destinées à accueillir les multiples victimes de leurs choix irresponsables.

Réponse à la légalisation du cannabis proposée par J.-M. Le Guen, Acte II

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