La consommation de cannabis aurait des effets similaires aux troubles d’alcoolisation fœtale

Plusieurs études montrent que les méfaits sur le développement du fœtus de la consommation de cannabis pendant la grossesse sont comparables à ceux provoqués par la consommation d’alcool. 

Alors qu’une étude vient de paraître s’inquiétant de l’augmentation de la consommation quotidienne de cannabis chez les femmes enceintes aux Etats-Unis ces neuf dernières années, de nouvelles recherches mettent en avant les méfaits de la drogue sur le foetus. En effet, au cours de la grossesse, la marijuana, consommée seule ou avec de l’alcool, peut entraîner des handicaps morphologiques et comportementaux similaires à ceux observés chez les enfants souffrant de troubles causés par l’alcoolisation foetale (ETCAF), est-il révélé dans un numéro spécial sur La recherche sur les anomalies congénitales publié mardi 23 juillet par la Société américaine de Tétralogie.  

Des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord (Etats-Unis) ont travaillé sur un poisson zèbre sur lesquel ils ont testé les effets d’un composé similaire aux cannabinoïdes. Ils ont ainsi pu montrer que « les phénotypes pathologiques et comportementaux associés à l’ETCAF sont induits par l’exposition à des agonistes de CB1R ». « Cette étude, en plus de recherches antérieures sur des souris, suggère que l’exposition au cannabis prénatal (combiné à de faibles niveaux d’alcool ou pas) pourrait entraîner des handicaps similaires à l’ETCAF », explique Scott E. Parnell qui travaille à l’Ecole de Médecine de Caroline du Nord et a co-édité ce numéro spécial sur les anomalies congénitales. 

Par ailleurs, des recherches également menées sur un poisson zèbre par Desire M.Buckley de l’Université du Texas à Austin et ses collègues montrent pour la première fois un lien entre exposition précoce à l’alcool et hétérotopies dans le cerveau postérieur, soit du tissu cérébral situé dans la mauvaise partie du cerveau. Les effets de l’exposition dépendent bien sûr du temps qu’elle a duré et de la dose ingérée. 

L’ETCAF, un « défi mondial de santé publique »

Les effets à long terme de l’exposition alcoolique prénatale ont également été abordés dans ce numéro spécial. La chercheuse Mary J. O’Connor de l’Université de Californie et ses collègues ont ainsi apporté de nouvelles preuves selon lesquelles les adolescents atteints du Syndrome d’Alcoolisation Foetale (forme grave de l’ETCAF) et en particulier les garçons, sont 29% plus susceptibles de faire une tentative de suicide sérieuse. « Cette étude montre que les professionnels de santé devraient faire attention à la vulnérabilité spécifique des adolescents atteints de SAF, surtout les garçons », explique Christina Chambers, professeur de pédiatrie et l’Université de Californie à San Diego et coéditrice de ce numéro. 

« Ce numéro spécial est consacré à l’exposition prénatale à l’alcool et à ses conséquences, aux mécanismes et aux stratégies de prévention et de traitement. L’alcool est probablement l’exposition tératogène la plus courante survenue pendant la grossesse dans le monde. Par conséquent, le syndrome de troubles causés par l’alcoolisation foetale constitue probablement l’incapacité développementale la plus courante entraînant des effets coûteux et durables. Ce numéro présente une série d’articles qui couvrent un large éventail de sujets de recherche pertinents au défi mondial de santé publique qu’est l’ETCAF », expliquent Chambers et E. Parnell dans l’éditorial. 

« Il est extrêmement opportun et pertinent de traiter le sujet de l’exposition prénatale à l’alcool », poursuit Chambers. La chercheuse a récemment attiré l’attention des médias en prouvant que l’ETCAF pourrait toucher jusqu’à 5% des enfants aux Etats-Unis, soit plus que ce qui était connu jusque-là.

21% des Français pensent qu’il faut boire un petit verre de vin de temps à autres pendant la grossesse  

En France, environ 1 enfant sur 1 000, soient 8 000 enfants, naissent chaque année avec des troubles causés par l’alcoolisation fœtale. Sur ces 8 000 enfants, 800 souffrent du SAF, explique l’Association France Assos Santé. « Le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause de handicap mental non génétique et d’inadaptation sociale de l’enfant en France, car l’alcool traverse le placenta et est toxique pour le bébé », commente François Bourdillon, le directeur de Santé publique France. 

Parmi les troubles causés par l’alcoolisation foetale chez l’enfant, on liste notamment un retard de croissance, un petit périmètre crânien, des malformations diverses, des troubles de l’attention, de la mémoire, de l’apprentissage, du langage, une hyperactivité, de l’impulsivité et de la colère ou encore des difficultés d’adaptation sociale. 

Et malgré toutes ces données relativement bien connues du grand public, selon un sondage réalisé en 2017, seuls 44% des Français déclarent spontanément qu’il n’y a pas de consommation sans risque pour l’enfant pendant la grossesse. Par ailleurs, 21% des personnes interrogées pensent qu’il est recommandé pour les femmes enceintes de boire un petit verre de vin de temps à autres. 

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