L’agence mondiale antidopage (l’AMA) renonce

Pr. Jean Costentin

Le sport a longtemps contribué à détourner l’Homme de ses tentations toxicophiles, toujours en embuscade. Il s’est particulièrement développé dans notre pays à une époque où l’alcool y faisait des ravages.

Le village de mon enfance, pour 1800 habitants, comptait 20 « bistrots » qui intoxiquaient une fraction significative de la population masculine.

Chaque village avait son terrain de football, « son club de foot », ses entraînements pluri hebdomadaires, ses matchs, ses moniteurs dévoués, ses supporters qui ne loupaient aucun match.

D’autres activités apparurent et l’alcool a reculé, passant en 40 ans d’une consommation annuelle par français de 22 à 11 litres d’alcool pur.

Les bistrots ont fermé, il n’en reste qu’un qui vend : journaux, café, tabac, bières, peu de vins, davantage de spiritueux, et des tickets de jeux de hasard…
Cette heureuse évolution s’essouffle ; le lobby alcoolier, avec la compromission de politiques de tous bords, détricotent la salutaire loi Evin.

Des députés de la REM «en remettent une chope », souhaitant voir autorisée à nouveau la vente des boissons
alcooliques dans les buvettes des stades. Arrêtons là pour l’alcool.


Le sport professionnel s’est développé, drainant des crédits extravagants comme le sont les revenus de joueurs déïfiés et choyés. Ce sport spectacle, avec d’énormes enjeux matériels, incite ses athlètes, pour gagner, à s’adresser aux tricheries du dopage.
L’envolée de Mitterrand au congrès d’Epinay :« l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! », n’a pris aucune ride et même bénéficié du botox.

L’agence mondiale antidopage (AMA) qui veille sur le « sport propre » siège à Montréal, au Canada qui vient de légaliser le cannabis.
L’AMA, constatant la multiplication des contrôles positifs à des drogues dites « récréatives » telles  le cannabis/THC, l’ecstasy, l’héroïne, décide de réduire considérablement les sanctions pouvant être infligées aux sportifs qui présenteraient ces drogues dans leurs urines ; les faisant passer de 4 ans de suspension à 4 semaines seulement. Loin de résister à l’affaiblissement des mœurs, l’AMA accompagne ce mouvement !

Le sport comme moyen de refreiner les appétits toxicomaniaques devient un fabliau. Le sportif donné en exemple à une jeunesse de plus en plus vulnérable aux toxicomanies, c’était « le monde d’avant ». Cette tendance vient de loin ; pour le cannabis, il y a trois ans, l’AMA avait déjà relevé de 50 à 150 ng de THC/mL d’urine son seuil répréhensible. Aujourd’hui elle diminue la sanction. Les errements de la vie privée
peuvent désormais, sans grand dommage, empiéter sur la vie sportive et même sur ses compétitions.


Ces nouvelles dispositions feignent d’ignorer les interférences de ces drogues sur les performances sportives et, partant, l’équité entre compétiteurs. L’ecstasy est stimulante comme l’est l’amphétamine. Le THC du cannabis, par ses effets désinhibiteurs, peut rendre plus agressif dans des sports de combat ; par son effet anti
trémulant plus précis dans le tir à l’arc ou à la carabine ; par ses effets analgésiques, à l’instar de l’héroïne, aider dans les sports où la douleur limite les performances…

Par ces nouvelles dispositions l’AMA renonce aux effets de prévention qu’exerçait le sport sur les toxicomanies ; elle renonce à l’exemplarité dont il était porteur pour la jeunesse ; elle en prend même à son aise avec certains aspects du dopage en ouvrant de nouveaux espaces pour la tricherie.

l’AMA transgresse ce faisant les grands principes à l’origine de sa création en 1999, qu’elle avait jusqu’à maintenant défendus. Sa liste des substances interdites, régulièrement actualisée, s’appuie sur des règles visant non seulement à maintenir l’équité entre sportifs, mais aussi à garantir l’intégrité de leur santé.

Un médecin responsable des équipes de l’ex RDA avait déclaré que pour chaque médaille olympique
obtenue, les sportifs avaient payé un tribut qu’il estimait à 700 « invalides ».
Une substance est interdite quand elle coche au moins 2 des 3 critères suivants :
-Susceptible d’améliorer les performances ;
-présenter un risque potentiel pour la santé du sportif ;
-contrevenir à l’esprit sportif, notamment : à l’éthique, à l’honnêteté ; à la santé ; à
l’épanouissement de la personnalité ; au respect des règles et des lois ; au courage, à
l’esprit de groupe et à la solidarité.


« Paroles, paroles, paroles » ; l’âme a ses défaillances comme l’A.M.A. les siennes
vis à vis des drogues.