L’alcool au volant, source d’accidents à travers l’Europe

INFOGRAPHIE – La hausse du prix de l’alcool aurait plus d’impact que l’abaissement à 0 g/l du seuil d’alcoolémie autorisé au volant.

Alcool et vitesse sont les deux principaux risques en cause dans les accidents de la route. Mais jusqu’où faut-il réduire les seuils autorisés? Faut-il se concentrer sur l’âge des conducteurs? Taxer davantage l’alcool?

Lorsque l’on compare les mesures prises dans différents pays d’Europe, les plus évidentes ne sont pas forcément les plus efficaces. Un paradoxe apparent qui montre l’écart entre les réglementations et les comportements individuels.

Ainsi, lorsqu’il existe une heure limite de vente d’alcool dans les bars, les consommateurs modifient leur comportement en achetant leurs boissons plus tôt ou en se dépêchant de boire.

En 2007, la politicienne anglaise Jane Griffiths le déplorait encore deux ans après que l’Angleterre et le Pays de Galles avaient assoupli la loi interdisant la vente d’alcool après 23 heures: «Des générations entières de jeunes ont appris à boire autant qu’ils le pouvaient en un minimum de temps.»

Conséquence positive de l’extension de l’accessibilité à l’alcool – c’est assez rare pour être signalé -, des chercheurs anglo-saxons ont calculé que la fin de cette interdiction avait permis de réduire de 23 % le nombre d’accidents de la route survenus entre 21 heures et 3 heures du matin, en Angleterre et au pays de Galles, les vendredis et samedis soir!

Augmenter les prix de vente

Ce n’est pas cette mesure, très particulière, qui a retenu l’attention de José Castillo-Manzano, professeur d’économie appliquée à l’université de Séville, et de ses collègues du département d’économie de l’université de Barcelone, lorsqu’ils se sont plongés dans les données des 28 pays de l’Union européenne. Même si les réglementations concernant l’alcool au volant occupent une bonne partie de leur étude publiée dans la revue Transportation Research.

Les chercheurs espagnols ont envisagé un maximum de paramètres en tenant compte des spécificités de développement des pays, notamment s’agissant des infrastructures et du trafic routier des pays ou des taux d’équipement en véhicules de la population. «Nos résultats montrent que les stratégies qui visent à réduire la consommation d’alcool sont clairement efficaces pour réduire le nombre d’accidents de la route, écrivent-ils. Elles sont même plus efficaces que d’autres mesures générales de sécurité routière telles que la limitation de vitesse.»

En revanche, aller jusqu’à «zéro alcool n’apparaît pas comme la panacée, selon eux. Pour être précis, nos résultats supporteraient surtout une augmentation des prix de vente de l’alcool, par exemple à travers une augmentation des taxes.» «C’est une étude avec une méthodologie très rigoureuse», remarque le Pr Michel Reynaud (faculté de Paris Sud), président du Fonds actions addictions. «Elle confirme que c’est toujours une politique globale de réduction de la consommation d’alcool qui est efficace, ajoute-t-il, que les mesures isolées n’ont pas d’effet.» L’illustration parfaite qu’une politique nationale de santé est par essence interministérielle.

L’alcool, deuxième cause de mortalité

«Le Royaume-Uni, malgré une limite d’alcoolémie fixée à 0,8 g/l, a une mortalité très faible alors que la République tchèque, qui l’a fixée à zéro, a une forte mortalité (voir infographie). Il est vrai que la mesure n’est pas appliquée!» poursuit le Pr Reynaud.  D’ailleurs, l’éthylotest n’y a été instauré qu’en 2010 alors que le seuil d’alcoolémie à zéro date de… 1953!

Les accidents sont sensiblement plus fréquents dans l’est de l’Europe, soulignent les auteurs. «Des facteurs tels qu’une forte consommation d’alcool et des prix relativement bas en raison d’un faible taux de taxation peuvent expliquer cela, remarquent-ils, surtout en l’absence d’une législation sur l’alcool au volant.»

Sur le plan individuel, évidemment, tout le monde s’accorde sur les dangers de l’alcool au volant, même si une proportion conséquente de la population est ignorante des seuils à partir desquels il est interdit de conduire.

Le risque d’accident est presque triplé pour une alcoolémie de 0,8 g/l.

De nombreux pays européens, dont la France, ont d’ailleurs abaissé le seuil à ne pas dépasser par un conducteur à 0,5 g/l (0,2 g/l pour les permis probatoires).

Les ravages causés par l’alcool ne se limitent évidemment pas à la route. «L’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable de France et est encore la cause de 49.000 décès sur notre territoire et de plus de 7 % des maladies et décès prématurés en Europe», remarque Hélène Rossinot, présidente d’Euronet Platform, qui associe les étudiants chercheurs en santé publique sur le continent. «L’Europe fait de gros efforts au niveau de la prise en charge et de la prévention des addictions depuis quelques années, mais ce n’est pas encore suffisant, ajoute-t-elle. Nous devons être plus percutants dans nos campagnes de prévention, les commencer bien plus tôt, au lycée voire en fin de collège.»

Source

Publicités